lundi 16 mars 2009

Écoute, Ô Israël !

par Erich Fried (1921-1988), 1967
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Lorsque nous étiez persécutés
J’étais un des vôtres.
Comment l’être encore,
Quand vous devenez des persécuteurs?

Votre désir était d’être
comme ces peuples
qui vous avaient assassinés.
Et maintenant vous êtes comme eux.

Vous avez survécu
à ceux qui furent cruels avec vous.
Mais, survit-elle en vous,
cette cruauté ?

Aux vaincus vous avez ordonné
“ Enlevez vos chaussures !”
Et comme le bouc émissaire
vous les avez chassés dans le désert

dans la grande mosquée de la mort
Et leurs sandales sont le sable,
mais ils n’ont pas accepté le péché
que vous vouliez leur infliger.

L’empreinte de ces pieds nus
sur le sable du désert
survivra aux traces
de vos bombes et de vos vos tanks.

D'innombrables prisonniers de guerre égyptiens durant la Guerre des Six-Jours en juin 1967 furent contraints à ôter leurs chaussures et expédiés dans le désert par les Israéliens, qui leur dirent d'aller se faire voir ailleurs. Sans chaussures sur le sable brûlant, la plupart d'entre eux connurent une fin misérable.Des porte-paroles sionistes nièrent plus tard cet "incident", qui avait pourtant été montré dans les journaux télévisés anglais et allemands pendant a guerre. Une photo montrant cet événement est parue dans l'ouvrage sioniste The Six Day Miracle aux USA, et a été reproduite dans Konkret, Hamburg, le 25.8.1969. On peut trouver d'autres photos dans Paris Match, 24.6.67, Life, 30.6.67, L´Europeo, 29.6.67.
Erich Fried
Traduit par Esteban G. et Fausto Giudice



Ce poème fait référence à la plus importante prière juive, le " Shema Yisrael ", qui est récitée matin et soir par tous les pratiquants, celle que même les juifs laïcs ont apprise et entendue plus qu’aucune autre. Primo Levi en a écrit une version mémorable qui était en exergue de son premier livre " Si c’est un homme ", titre extrait précisément de son adaptation de cette prière. Elle est souvent utilisée pour remuer la conscience de l’auditoire, mais s’adresse plus particulièrement au public juif, qui doit percevoir le " Shema " comme une obligation morale à suivre, à perpétuer et à diffuser.
Mary Rizzo, traduit par Pedro DA NOBREGA
Fried a écrit ce poème immédiatement après la guerre des Six-Jours de juin 1967.
Fried était né dans une famille juive en Autriche. Son père mourut en 1938, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, des suites d’un interrogatoire par la Gestapo. Après cela, Erich Fried émigra en Angleterre, où il est enterré. Après de nombreux travaux occasionnels, il devint en 1952 commentateur politique au service allemand de la BBC
En outre, Erich Fried réalisa une nouvelle traduction en allemand de ll’oeuvre de Shakespeare et traduisit aussi Dylan Thomas, T.S. Eliot, Graham Greene et Sylvia Plath.
En 1963 Fried devint membre du Gruppe 47, qui s’était fixéé comme objectif de renouveler la littérature allemande. Après avoir quitté la BBC en 1968, il devint un poète politique engagé, en particulier en Alllemagne, en lien avec le mouvement de 1968.
Après mon retour de Suède en Allemagne en 1968, je l’ai souvent rencontré dans des meetings, conférences et manifestations politiques, mais rarement en privé. Sa cordialité et sa droiture lui firent beaucoup d’amis mais aussi beaucoup d’ennemis. On devine facilement, à la lecture de son poème, où se situaient ses ennemis.
Je crois qu’il était le seul poète allemand qui rapportait de l’argent à son éditeur, en l’occurrence son ami Wagenbach, même avec ses livres de poésie politique. Et certainement avec ses poèmes d’amour tardifs, qui procurèrent de nombreux fans, en partculier chez les lectrices.
L’édition de Liebeslyrik que je possède est de 1979, c’est la troisième édition de l’ouvrage, tirée de 7000 à 12000 exemplaires ! Où a-t-on vu de tels tirages pour de la poésie, du moins en Allemagne ?
Et pourtant ce n’était pas de la poésie d’amour pure, car l’amour ne lui faisait jamais oubleir la politique. Mais les allusions et propos politiques dans ses textes ne semblaient jamais plaqués et formaient un tout organique avec le reste du poème. Et soit dit en passant, ce tout organique n’a en rien perd de son actualité.
Erich Fried est à juste titre considéré comme le plus grand poète de langue allemande de l’après-guerre.
Einar Schlereth, traduit par Fausto Giudice









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