mardi 3 mars 2009

La condamnation d’Alfredo Astiz par la justice italienne est confirmée en cassation : prison à vie pour le tortionnaire argentin

Vols de la mort et disparus
par Gennaro CAROTENUTO, 27/2/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Cela semble être une réponse des juges à la frivolité de Silvio Berlusconi, qui, quelques jours auparavant, avait blagué sur les vols de la mort sous la dictature argentine* . Hier jeudi 26 février, la Cour de Cassation de Rome a confirmé la condamnation définitive à la réclusion à perpétuité pour Alfredo Astiz, assassin de trois citoyens italiens, Angela Maria Ajeta, Giovanni et Susanna Pecoraro, torturés et assassinés par le même Astiz. Celui-ce était à l’époque lieutenant de marine, connu sous le surnom d’ « Ange de la Mort », à l’ESMA, l’École de mécanique de la marine militaire argentine convertie en camp de concentration et d’extermination et aujourd’hui Musée de la mémoire.


L'ESMA


Astiz a déjà été condamné à la prison à vie en France pour l’assassinat de deux religieuses, Alice Dumont et Léonie Duquet, lorsque l’Ange blond s’était infiltré dans le premier groupe des Mères de la Place de Mai, qui se réunissait à l’Église de Santa Cruz à Buenos Aires, se faisant passer pour le frère d’une disparue, séquestrant, torturant et assassinant douze personnes. Il est actuellement enfermé en Argentine dans l’attente de son procès**.

Il était en outre l’un des collaborateurs les plus proches de l’amiral Massera, dans le système des vols de la mort, où les prisonniers politiques, après avoir été torturés, étaient jetés vivants dans l’Océan Atlantique.
Dans son réquisitoire final, le substitut du Procureur général de la Cour de Cassation, Luigi Ciampoli, a requis et obtenu la confirmation de la condamnation à la perpétuité pour Astiz, déjà condamné le 24 avril dernier par la Cour d’Assises de Rome pour « la férocité inhumaine documentée par des faits et des témoignages », en même temps que Jorge Eduardo Acosta, Antonio Vanek et Jorge Raul Vildoza, qui n’ont pas fait appel de leur condamnation.

Angela Maria Ajeta était la mère d’un dirigeant de la Jeunesse Péroniste Dante Gullo, d’origine calabraise et tant la Région Calabre que la Province de Cosenza et et l’État italien s’étaient constitués partie civile dans le procès. Elle avait été capturée, torturée et assassinée pour exercer un chantage sur son fils.
Giovanni Pecoraro n’était pas non plus un guérillero mais un simple entrepreneur du bâtiment. Sa faute avait été de vouloir rencontrer sa fille Susanna, elle aussi militante de la Jeunesse Péroniste, une organisation non armée, tout comme 95% des 30 000 disparus, qui n’appartenaient pas à organisations de guérilla. Susanna, enceinte, fut exécutée après avoir donné naissance à une fille, dont la trace n’a été retrouvée qu’en 2007 par les Grands-mères de Mai, l’organisation qui s ‘occupe de retrouver les enfants de disparus que les militaires ont fait disparaître à leur tour en les faisant adopter.

Pour la défense d’Astiz, aucune de ces personnes n’est morte mais elles ont simplement fait disparaître leurs propres traces.

On attend maintenant une confirmation de la demande d’extradition d’Astiz par la justice italienne. Courageux pour ce qui était de trahir les mères, torturer des hommes entravés et des femmes enceintes et les jeter ensuite dans l’Océan avec les vols de la mort – ceux sur lesquels plaisante Silvio Berlusconi (membre de la loge P2 tout comme l’amiral Massera) -, Astiz s’est aussi rendu célèbre pour avoir été le premier officier argentin à se rendre à l’armée britannique durant la guerre des Malouines (Falklands) en 1983. Pendant que des centaines de jeunes appelés se faisaient massacrer ou mouraient de froid, lui ne tira pas un seul coup de feu.


NdT :
*Au Palais des Sports de Cagliari, Berlusconi, répondant à ceux qui l’accusaient d’être un dictateur, a fait une blague sur la dictature argentine, disant des prisonniers politiques jetés dans le Rio de la Plata depuis des avions par leurs tortionnaires : “Ils les emmenaient en avion avec un ballon…Ils ouvraient la porte et, s’il faisait beau, ils les envoyaient jouer dehors. »
** À notre connaissance, Astiz a été remis en liberté en décembre 2008.

Alfredo Astiz
Alfredo Astiz naît le 17 novembre 1950. Lieutenant de frégate affecté à l’École Mécanique de la Marine (ESMA), il est chargé d’un groupe d’infiltration. Très vite, il tentera de noyauter le groupe des Mères de la Pace de Mai sous le nom de Gustavo Niño, prétextant un frère disparu.
En décembre 1977, Astiz est impliqué dans la disparition de deux sœurs françaises, Sœur Alice Domon et Sœur Léonie Duquet, dont les corps ne seront jamais retrouvés.
En 1978, il est en France sous le nom d’Alberto Escudero, où il est chargé d’infiltrer les milieux réfugiés argentins.
En juin 1979, il est nommé attaché naval adjoint en Afrique du Sud.
Lors de la Guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, il est responsable de l’île principale de Géorgie, et signera l’acte de reddition le 10 juin 1982. Il sera fait prisonnier par les Anglais.
Le 22 décembre 1987, Alfredo Astiz est promu capitaine de corvette.
En janvier 1998, le Président Carlos Menem signe le décret destituant l’officier en raison d’une attitude irresponsable ayant entraîné une très grave situation affectant le prestige de la marine, ainsi que d’autres institutions.
En 1985, la France lance un mandat d’arrêt international contre l’« Angle blond », dans l’affaire concernant Soeur Alice Domon et Soeur Léonie Duquet, enlevées les 8 et 10 décembre 1977. En l'absence de convention d'extradition entre la France et l’Argentine, Astiz reste toutefois en Argentine.
En 1987, en Argentine, s’ouvre finalement au Tribunal Fédéral de Buenos Aires le procès concernant les deux religieuses. La plainte concerne 21 officiers et sous-officiers de la Marine, dont Alfredo Astiz. Seize témoins comparaissent mais tous sont d’anciens militants Montoneros, une organisation appartenant à la guérilla sous la dictature. Ils seront qualifiés de “partisans” et leurs témoignages ne seront pas pris en compte. L’Ange blond ressort libre du procès, acquitté pour faute de preuves.
Le 20 octobre 1989, la France annonce le procès par contumace d’Alfredo Astiz, pour son implication dans les disparitions des deux religieuses. La Chambre d’accusation de Paris renvoie Astiz, accusé de complicité d’arrestations illégales et de séquestration de personnes avec tortures corporelles, devant la Cour d’Assises. Le 16 mars 1990, le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises de Paris. Astiz est condamné à la prison à perpétuité. Par cette condamnation, la France “emprisonne” Astiz en Argentine, car tout pays engagé par une convention d’extradition avec la France peut désormais l’arrêter.
En juillet 2001, puis en novembre de la même année, sont lancés deux mandats d'arrêt internationaux contre Alfredo Astiz. Le premier dans une affaire italienne (l’enlèvement de Angela Maria Aieta, Juan Pecoraro et sa fille Susanna), et le second par la justice suédoise (l’enlèvement et le meurtre de Dagmar Hagelin). Les deux demandes seront rejetées quelques mois plus tard.
En juillet 2003, encore une fois, Astiz est arrêté chez lui, à Mar del Plata. Le même jour est abrogé le décret argentin interdisant l’extradition. La France demande le surlendemain son extradition. Début septembre, Astiz est remis en liberté, pour être réarrêté le 16. L’Argentine refuse l’extradition vers la France le 23 septembre 2003. Astiz ressort, encore une fois, libre.
Source : Trial Watch

Lire Tristan Mendès France, Gueule d’ange , sur l’ex-tortionnaire argentin Alfredo Astiz, éditions Favre, 2003

Source : VOLI DELLA MORTE E DESAPARECIDOS : A ROMA ERGASTOLO PER L’ANGELO DELLA MORTE


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