mercredi 25 février 2009

Manifeste pour les « produits » de haute nécessité

Les rapports entre Guadeloupéens et Martiniquais, peuples issus de la traité négrière et toujours colonisés par la France en ce XXIème siècle, ne sont pas sans rappeler les rapports entre Français et Allemands au XIXème siècle : les premiers faisaient les révolutions, les seconds les théorisaient. La Guadeloupe est soulevée depuis le 20 janvier dernier en une grève générale qui mobilise à la fois salariés, chômeurs et consommateurs, sous la direction d'une coordination originale regroupant 50 organisations et mouvements, sociaux, politiques et culturels. Cette coordination, appelée Lyannaj kont pwofitasyon défend un vaste programme revendicatif en 149 points qui exprime, au-delà de revendications immédiates d'augmentations de salaires et de baisse des prix des produits de consommation, une vision d'un autre possible. À la Martinique, où une grève de moindre ampleur a été déclenchée deux semaines après la Guadeloupe, neuf intellectuels et artistes, dont les plus connus sont les écrivains Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, vient de publier une manifeste qui propose des perspectives philosophiques et poétiques aux mouvements sociaux de la Caraïbe et d'ailleurs.Ce manifeste mérite réflexion et débat. (FG)
C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj [1] qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

GRÈVE LÉGITIME
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent. Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose
Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi [2] qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait
André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité". Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?
C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudo-pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudo-pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée [3] et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay [4] aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.

VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production seraient des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique. On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.On peut renvoyer la Sara [4bis] et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles [5] d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto [6] de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman [7] de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans [8] qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...
- Ernest Breleur, artiste plasticien
- Patrick Chamoiseau, écrivain
- Serge Domi, sociologue
- Gérard Delver, écrivain
- Édouard Glissant, écrivain
- Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie
- Olivier Portecop, directeur du centre de ressources informatiques (université Antilles-Guyane)
- Olivier Pulvar, maître de conférences à l’université Antilles-Guyane
- Jean-Claude William, professeur de sciences politiques à la faculté de droit de Martinique

NDLR Basta!
1 – Lyannaj : processus d’unification dans la lutte évoquant l’acte amoureux (de lyan : liane, sexe masculin)
2 – Diables-ziguidi : diables surgissant d’une boîte, activés par un ressort
3 – Béké : désigne les membres de l’oligarchie blanche, héritiers directs des esclavagistes, qui contrôlent l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique.
4 - Bokay : près de la maison ; jardin-bokay : jardin potager (désignait le jardin vivrier des esclaves)
4bis - SARA : Société anonyme de la raffinerie des Antilles, appartenant à Total, Rubis, Esso et Texaco, qui assure le plus gros de l'approvisionnement en carburants des départements français des Amériques. Ses bénéfices sont passés de 5 à 50 millions d'Euros entre 2005 et 2007. Le mouvement social actuel en Guadeloupe a commencé par une action des entrepreneurs en décembre visant à obtenir une baisse des prix des carburants, obtenue en Guyane.
5 - Chiquetailles : restes, miettes
6 – Welto : jeu du bonneteau (avec 3 cartes ou des dés dans un gobelet)
7 - Déboulé sans manman : développement impétueux sans retenue (déboulé : défilé de Carnaval, course ; sans manman : sans éducation)
8 – An gwan lodyans : une grande assemblée où tout le monde parle et s’écoute

Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké gannyé !

Alex Lollia, 49 ans, professeur de philosophie appartenant à la mouvance trotskyste (GRS, IVème Internationale), est secrétaire général de la Centrale des Travailleurs Unis (CTU), un syndicat très actif au sein du LKP (lire ici son long entretien avec Frédéric Gircour, rédacteur de l’excellent blog chien créole). Il a été violemment tabassé par des gendarmes au Gosier, le lundi 16 février en soirée. Il raconte.

AU PEUPLE MOBILISÉ !

Chers Camarades, du Centre Hospitalier de Pointe-à-Pitre, je vous adresse ces paroles pour vous rassurer sur mon état de santé. Je suis obligé de rester à l’hôpital puisque je souffre de lésions cervicales et de complications cardiaques consécutives à la violence des coups qui m’ont été portés par les forces de police. Ma date de sortie n’a pas encore été indiquée mais même si mon corps est atteint, mon esprit reste parfaitement intact et je pense que cette épreuve a encore augmenté ma lucidité et ma détermination.

J’étais comme beaucoup d’autres camarades en lutte sur le terrain et notre démarche était pacifique : c’est celle qui a été définie par le L.K.P.

Je suis un combattant aux mains nues ! Or en face de nous, les forces de police n’ont pas hésité à nous agresser sauvagement. Avec des camarades de l’U.G.T.G. et de la C.T.U., nous faisions tout pour calmer le jeu et encadrer les manifestants qui étaient pour la première fois venus nous apporter leur soutien. Nous avons vu tomber sur nous une véritable tornade de coups de matraque alors que nous avions déjà quitté les abords de la route nationale. Les « mamblos »1 nous ont pourchassés dans les ruelles de Belle-Plaine et même dans la mangrove, ils n’ont pas abandonné leur traque. C ‘est ainsi que j’ai compris qu’ils n’étaient pas seulement venus lever des barrages mais qu’ils étaient venus « casser du nègre » comme ils l’ont dit eux-mêmes. Ils m’ont encerclé et frappé. Je dois vous préciser ce qu’ils m’ont dit car je veux que vous compreniez à qui nous avons affaire. Lors que je recevais des coups de pieds
dans le ventre et que je me traînais par terre, voilà ce qu’ils m’ont dit :

« On a vu ta sale gueule à la télé, on va te la casser et tu ne pourras plus la montrer. On va vous casser sales nègres, chiens de nègres ! »

J’ai vu qu’ils traînaient par les cheveux, une femme du quartier qui manifestait son indignation lorsqu’ils m’ont frappé. Ma seule arme a été de crier, d’hurler ce qui a provoqué la colère des habitants du quartier. C’est comme cela que j’ai pu en réchapper. Je ne sais ce qui est advenu de cette dame et je lui envoie, de mon lit, mon salut militant. Je la remercie d’avoir eu le courage, elle qui m’a sauvé avec les voisins du quartier. On dit que les Guadeloupéens sont des lâches mais voilà un exemple d’engagement et de courage.

Je demande aux militants de resserrer les liens, de s’armer de courage, de renforcer la mobilisation. Il faut encore élargir nos rangs et approfondir notre combat. C’est toute la Guadeloupe qui est derrière nous. La victoire est à portée de mains. Nous avons écrit une belle page dans le combat pour l’émancipation : la liberté commence aujourd’hui !

Du fond de mon lit d’hôpital, je dis à tous mes frères :
« Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké gannyé ! »

Alex LOLLIA / Pointe-à-Pitre, le 17 Février 2009

Le mot du jour : Détotyé Gwadloup

Petite leçon de créole : La Gwadloup est antotyé (entortillée), il faut la détotyé (détortiller), autrement dit la sortir du pétrin...


mardi 24 février 2009

La leçon guadeloupéenne/Lison gwadloup la

Au soir du 14 juillet 1789, la Bastille est aux mains des insurgés parisiens. Le Duc de Liancourt vient en informer le Roi Louis XVI. Celui-ci lui demande : "Mais, c'est une révolte ?" ; et Liancourt de répondre au Roi : "Non Sire, c'est une révolution !"


La Guadeloupe vit depuis le début du mois de décembre 2008 un mouvement d'insurrection pacifique absolument original dans l'histoire des colonies françaises, et qui n'est pas sans rappeler le mouvement déclenché en Oaxaca, au Mexique, il y a trois ans. Comme en Oaxaca, les organisations sociales, politiques et culturelles qui constituent le peuple en marche, sont parvenues à surmonter leurs divergences et égoïsmes pour fusionner en une coordination au nom magnfique : Lyannaj kont pwofitasyon (LKP). Le terme "coordination" traduit mal la dimension érotique du mot créole, qui vient du mot lyann - liane en français -, qui signifie aussi sexe masculin. Le terme évoque donc une unification fusionnelle dans la lutte qui s'apparente à l'acte amoureux. Quant à pwofitasyon, qu'on pourrait traduire par profitation, il évoque à la fois l'exploitation, et le profit qui est le but de cette exploitation.
Les Guadeloupéens donnent en ce moment une leçon à tous, à commencer par les habitants de l'hexagone, sur la seule voie à emprunter pour répondre à la crise que nous ont infligé les profiteurs et exploiteurs, camouflée en "crise hypothécaire" puis en"crise financière", alors qu'il s'agit purement et simplement d'une gigantesque opération visant à maintenir les taux de profits des capitalistes, fortement menacés par les luttes des plus exploités : migrants et prolétaires nomades, précaires, femmes, jeunes.
Ces luttes des dernières années n'ont pas eu l'honneur des médias planétaires. Citons-en quelques-unes : les grèves à répétition des jeunes travailleurs russes et roumains de l'industrie automobile, les grèves à répétition des 30 000 travailleurs de l'usine textile de Mahalla Al Koubra, en Égypte - la plus grande usine du Moyen-Orient -, les grèves à répétition de dizaines de milliers de travailleurs indiens et bangladeshis sur les chantiers des gratte-ciels de Dubaï. On pourrait ainsi allonger la liste indéfiniment.

Mais revenons-en à la France, où nos valeureux syndicats se préparent à une grandiose journée d'action pour le 19 mars. Qui vont-ils mobiliser ? Les chômeurs ? Les précaires et autres intermittents et intérimaires ? Non. Les jeunes ? Non. Le smigrants ? Encore moins. Les femmes ? Un peu. Ils vont comme d'habitude mobiliser principalement les fonctionnaires et les retraités. Le "cartel des 8" organisations syndicales représente toutes ensemble au maximum 7% des salariés de l'hexagone. C'est ici qu'intervient la leçon guadeloupéenne : le LKP a su regrouper 50 organisations et mouvements et pas seulement celles censées représenter les salariés garantis ou les revendications des seuls salariés. Si les organisateurs du mouvement s'étaient limités à ces derniers, ils auraient exclu le gros des troupes, constitué par des jeunes, chômeurs, précaires, intérimaires (24% des jeunes sont officiellement au chômage, en réalité, ils approchent les 50%), qui se regroupent par affinités, et autogèrent leurs besoins culturels, artistiques, vitaux tout simplement. L'Assemblée populaire des Peuples d'Oaxaca avait fait de même, regroupant tout ce que l'État comptait de gens qui bougent, des sociaux-démocrates de gauche aux anarchistes, en passant par les troupes de danse folklorique.
Le mouvement guadeloupéen est l'expression de la vitalité de ce peuple. C'est un mouvement qui chante et qui danse. Français, encore un effort pour devenir guadeloupéens ! Syndicalistes, apprenez à jouer du gwoka !


Ce que l'auteur de cette carte postale de 1920 appelle "Tam-Tam" est un typique gwoka, le même tambour guadeloupéen qui rythme la grève générale de 2009

Lisez ci-dessous l'historique du mouvement, repris du site du LKP. Pour lire le programme des 149 revendications du LKP, cliquez ici. Une lecture très instructive...


Le 5 décembre : première réunion à l’appel de l’UGTG avec une proposition de manifestation le 16 décembre pour la baisse du prix de l’essence. Proposition acceptée par l’ensemble des organisations présentes.
Le 16 décembre 2008 : Manifestation dans les rues de Pointe à Pitre contre la vie chère à l’appel de 31 organisations syndicales, politiques et associatives. 7000 personnes défilent dans les rues de Pointe à Pitre. Le sous Préfet reçoit une délégation de 15 personnes et affirme qu’il n’a rien à dire sur les revendications qui lui sont présentées.Meeting devant la mairie de Pointe à Pitre, au cours duquel une analyse de la situation est présentée à la foule. Succès : unité du peuple guadeloupéen en marche.
Le 17 décembre 2008 : Manifestation à Basse Terre – 4000 personnes Refus du Préfet, occupé à un « chanté nwel », de recevoir les dirigeants des organisations.
Entre le 17 décembre 2008 et le 20 janvier 2009 : nombreuses réunions de préparation de la plate-forme de revendications de LIYANNAJ KONT PWOFITASYON (LKP).
Le 19 janvier : Grève illimitée des gérants de station service.
Le 20 janvier 2009 : Grève générale lancée à l’appel de toutes les organisations syndicales, membres du LKP – Nombreux piquets de grève dans les entreprises - Grande Manifestation dans les rues de Pointe à Pitre – 15 000 manifestants.
Le 21 janvier 2009 : Déboulé vers le Centre commercial MILENIS et l’Aéroport Pôle Caraïbe. Grande tension à l’aéroport où un millier de manifestants font face à 400 gendarmes pendant près de deux heures. Tous les services d’enregistrement de bagages sont occupés par les manifestants. Nombreux vols retardés.Le LKP demande l’ouverture de négociations globales avec l’Etat, le Conseil Général, le Conseil Régional et le patronat sur la base de sa plateforme de revendications.
Le 22 janvier 2009 : Invitation du Préfet à une table ronde. Refus du LKP qui réaffirme sa ferme volonté et sa disponibilité immédiate, pour l’ouverture de négociations globales. Il exhorte les travailleurs et le peuple de Guadeloupe, à poursuivre le mouvement de Grève Générale et à accentuer la mobilisation tou patou an Péyi la.
Le 23 janvier 2009 : Réponse à l’invitation du Préfet concernant l’ouverture de négociations globales entre toutes les parties. Les Présidents des conseils Régional et Général et de l’association des maires étant absents, les négociations ne seront pas ouvertes. Le LKP regagne Pointe à Pitre après un passage sur le piquet de grève des transporteurs de passagers devant le Conseil Général.
Le Samedi 24 janvier : Grand DEBOULE dans les rues de Pointe à Pitre – 25 000 manifestants.Invitation à des négociations avec toutes les parties à 16h30 au World Trade Center. Après des négociations ardues avec les forces de l’ordre pour se rendre devant le World Trade Center avec la foule, les échanges commencent effectivement à 18h00 en présence de toutes les parties, (Etat, Collectivités, Patronat et LKP). Discussion ouverte sur l’accord de méthode. Présence exceptionnelle de Canal 10 qui retransmet en léger différé.
Le dimanche 25 janvier : Gran Déboulé « MAS A KONSYANS » « MAS A PWOFITASYON » - 40 000 participants.
Le lundi 26 janvier : Reprise des négociations sur l’accord de méthode – Signature de l’accord de méthode proposé par le LKP. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.Le mardi 27 janvier : Discussion sur les points de la Plate-forme concernant le niveau et les conditions de vie. Révélations du LKP concernant les pratiques de la SARA. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.
Le Mercredi 28 janvier : Rupture des négociations par le Préfet après lecture d’un message du Secrétaire d’Etat Yves JEGO. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.Message d’Yves JEGOA insérer
Le jeudi 29 janvier : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.
Le vendredi 30 janvier : Gran déboulé dans les rues de Pointe à Pitre - 65 000 manifestants.
Le samedi 31 janvier : Concert de solidarité Dominik COCO, Admiral T, Iman, Sainsily, Timalo
Le dimanche 1er février : Gran Déboulé « MAS A KONSYANS » « MAS A PWOFITASYON »Arrivée d’Yves JEGO en Guadeloupe.
Le lundi 2 février : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.Rencontre Jeunesse Guadeloupéenne et LKP à LaKasa
Le mardi 3 février : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.
Le mercredi 4 février 2009 : 1ère rencontre avec Yves JEGO aux Affaires maritimes à Pointe à Pitre– Présentation de la plate-forme de revendications. Les échanges sont diffusés en direct par Radyo Tanbou.
Le jeudi 05 février 2009 : Reprise des négociations à Basse Terre. Yves JEGO demande le départ de la presse et des journalistes après les interventions liminaires.
Le vendredi 06 février 2009 : Poursuite des négociations
Le samedi 07 février 2009 : Déboulé à Basse Terre - 18 000 manifestants.13h00 : reprise des négociations sur la question des salaires. Négociations qui durent toute la nuit.A Pointe à Pitre : concert de soutien avec Patrick Saint Eloi, Simenn’ kontra, Smiley, Timalo, SOFT,...
Le dimanche 08 février 2009 : à 8h00 du matin, après 20 heures de négociations, un accord est trouvé sur les modalités de mise en œuvre de l’augmentation des salaires de 200 €. La partie patronale refuse de signer si cet accord n’est pas assorti d’un engagement formel de l’Etat confirmant sa contribution au financement de l’augmentation de salaire réclamée (cf déclaration d’Yves Jego du 28 janvier 2009). Un rendez-vous est pris à 16h00 afin de procéder à la signature de cet accord après réception de l’engagement de l’Etat.
Départ précipité d’Yves JEGO vers la France alors même que le LKP se rend à la réunion de 16h00 comme prévu à Basse Terre.
Le 09 février : Grand déboulé dans les rues de Basse Terre, Pointe à Pitre en Marie galante. Plus de 100 000 guadeloupéens dans les rues.
Le 10 février : Conseil interministériel à Paris sur la situation en Guadeloupe. François FILLON s’adresse à la nation en déclarant que l’Etat ne peut intervenir dans les relations sociales ni participer à l’augmentation des salaires. François FILLON invalide les engagement de l’État, présentés le 28 janvier par Yves JEGO.Retour d’Yves JEGO en Guadeloupe accompagné de deux médiateurs MM Bessières et Lopez.
Le 11 février : Reprise des négociations à Basse Terre concernant la question des salaires. LKP réclame que les discussions se poursuivent sur la mise en œuvre de l’accord convenu le dimanche 8 février 2009.
Le 12 février : Après avoir rencontré les six délégations patronales, les médiateurs constatent que leur mission est impossible. LKP considère qu’il ne peut s’agir de négociations sur les salaires puisque l’accord du dimanche 8 février est acquis. Il reste à l’Etat à s’entendre avec la partie patronale sur les modalités de financement. LKP ne peut dorénavant que discuter des conditions de mise en œuvre de l’accord. LKP attend une convocation à cet effet.
Vendredi 13 février : Le soir, devant le Palais de la Mutualité, diffusion du documentaire "Les derniers maîtres de la Martinique. Suivi du soutien d'artistes comiques de Guadeloupe.
Samedi 14 février : Le matin > "Happening" de plasticiens devant le Palais de la Mutualité. Vente de matériel médical à destination des handicapés.
L'après-midi : "Déboulé" au Moule et commémoration des travailleurs Guadeloupéens tués au Moule, le 14 février 1952.
Le soir : "Swaré léwòz" avec Akiyo Ka.
Dimanche 15 février : "Mas an konsyans" à Pointe- à - Pitre
Du 16 au 21 : Durcissement de la mobilistation, barrages.
Mardi 17 février : Décès par balle de Jacques BINO (employé des impôts, syndicaliste à la CGTG, membre du "Mouvman Kiltirèl AKIYO",...)
Jeudi 19 février : Rencontre entre les élus parlementaires d'Outre - Mer et le président de la République, Nicolas Sarkozy. Intervention télévisée du président.
Vendredi 20 février : Reprise des négociations entre les réprésentants syndicaux, les "socio-professionnels" et les médiateurs...
Samedi 21 février : Suspension des négociations, en vue d'une reprise le lundi 23. Le matin : Présentation au public, du corps de Jacques BINO au Palais de la Mutualité.
L'après - midi : Présentation du corps de Jacques BINO au Hall des sports de Petit - Canal.
Le soir : Veillée mortuaire de Jacques BINO à Petit - Canal.
Dimanche 22 février : L'après - midi > Enterrement de Jacques BINO.

Gwadloup: vers un remake de 1967 en 2009 ?

La mort plus que suspecte du syndicaliste Jacques Bino, abattu de nuit par une "balle perdue" le 17 février, a immédiatement rappelé aux Guadeloupéens en lutte depuis un mois et demi les tragiques événements de mai 1967. Petit retour sur cette histoire occultée en "métropole".
Pointe-à-Pitre, 26 mai 1967. Depuis le début du mois, des ouvriers, principalement du bâtiment, sont en grève. Les travailleurs demandent 2,5% d’augmentation de salaire mais les négociations menées par le syndicat CGTG piétinent puis sont rompues. Devant la chambre de commerce de la ville, manifestants et policiers se font face. De violents heurts éclatent entre les forces de l’ordre et les protestaires.

Les Guadeloupéens, émus par la violence de l’Etat, descendent dans la rue pour crier leur colère. Aux revendications syndicales se mêlent les revendications des indépendantistes . Ces dernières finiront par devenir inaudibles au milieu des années 90 après avoir connu un regain de vitalité dans les années 80 avec les émeutes de cette période liées, entre autres, à l’affaire Georges Faisans dont la grève de la faim dura 56 jours. En cette journée du 26 mai 1967, la police tire sur la foule. Un homme est tué. Il s’agit de Jacques Nestor, militant du GONG (groupement d’organisations nationalistes de la Guadeloupe).
Pendant trois jours les manifestations se succèdent malgré la répression. Selon les sources entre 7 et 87 personnes sont tuées par les balles des forces de l’ordre. La Guadeloupe n’est plus une colonie mais un département français depuis une vingtaine d’années et la guerre d’Algérie n’est pas loin ; les méthodes de la police s’en ressentent. Concernant le nombre de morts, la polémique continue d’alimenter les blogs et les forums. Pour se faire une idée de l’ampleur de la tuerie, on peut regarder le documentaire,
Sonjé…Mé 67 . Sinon, pour en savoir plus sur ce sombre épisode de l’histoire méconnue (en France hexagonale, du moins) de la Guadeloupe, on peut cliquer ici , ou encore ici.
Sonjé Mé 67 est une série documentaire de 10 épisodes d’une durée de 6 minutes chacun sur un pan de l’histoire contemporaine de la Guadeloupe. Mai 67, pan important de notre histoire récente, est une blessure encore sanguinolente. Les acteurs et les témoins essentiels de ce qui fut un « massacre » sont encore vivants.Ils portent inscrites à jamais dans leur chair, dans leur mémoire les traces brûlantes et indélébiles de ce mai atroce.Certains ont parfois dit, d’autres pas…
Pour voir la série, cliquer
ici


La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67
par
Jean-Moïse Braitberg, Bakchich, 17 février 2009
La crise qui secoue les Antilles ravive des plaies toujours pas cicatrisées. En mai 1967, 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pitre. Souvenirs, souvenirs.
De 80 à 200 morts dans les rues de Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67. L’une des revendications actuelles des grévistes de Guadeloupe est de demander une commission d’enquête indépendante sur les événements des 26 et 27 mai 1967 au cours desquels, en plein pouvoir gaulliste, de 80 à 200 manifestants furent tués par la police française dans les rues de Pointe-à-Pître. « Les gens ont encore peur quarante ans après. Ils voudraient être sûr qu’ils ne risquent rien à témoigner » explique le Dr Michel Numa, 76 ans, ancien militant indépendantiste qui était en prison à Paris au moment du massacre.
Tout avait débuté deux mois plus tôt. Le 20 mars 1967, à Basse-Terre, préfecture de l’île, un riche marchand « blanc pays », lance son chien sur un artisan noir. Révolté par cet acte digne de l’apartheid, le peuple de Basse-Terre laisse libre cour à la colère accumulée depuis longtemps. Durant trois jours, les 20, 21 et 22 mars 1967, Basse-Terre est en émeute. Dans un appel au calme, le préfet déclare comprendre la colère populaire et jure que cet acte raciste sera puni. Mais contrairement aux promesses, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison. Fin du 1er acte.
« Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail »
Deux mois plus tard, à Pointe à Pitre, le 26 mai 1967, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, 5000 ouvriers du bâtiment sont en grève pour une augmentation de salaire de 2%. Le délégué patronal, un certain Brizard aurait lancé aux grévistes : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront leur travail ». Une manifestation s’organise. Face aux CRS rassemblés devant la chambre de commerce, les manifestants lancent des pierres et des bouteilles. La police tire immédiatement tuant Jacques Nestor, Militant du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon Michel Numa, les ordres du préfet Bolotte, captés sur la fréquence de la préfecture disent aux officiers CRS : « Faites usage de toutes vos armes ».
Les deux jeunes ouvriers Taret et Tidas sont tués ainsi qu’un promeneur. La population et notamment les jeunes du lycée Baimbridge, révoltée, afflue le lendemain vers le centre de Pointe-à-Pitre. Des véhicules sont brûlés, les boutiques de la rue Frébault, principale rue commerçante de Pointe-à-pitre, sont incendiées et pillées. Plusieurs policiers sont blessés à coup de pierres et de sabre. Le bruit court qu’une armurerie a été dévalisée. Le préfet désarme les policiers noirs et fait appel à des gendarmes mobiles de Martinique et de France. Sous la direction du commissaire de police Canales et du capitaine CRS Rupin, policiers et « képis rouges » se livrent à la « chasse au nègre ». Arrêtés au hasard, des personnes sont exécutées dans les locaux de la gendarmerie de Morne Niquel. Des dizaines de personnes sont blessées, dont certaines mutilées à vie comme Solange Coudrieux. « On enjambait les cadavres dans la sous-préfecture », assure un témoin qui craint encore de donner son nom.
Le bilan de ces deux journées de répression n’est toujours pas connu car de nombreuses familles ont inhumé secrètement leurs défunts et caché leurs blessés de peur des représailles. La presse de métropole a parlé de « sept morts et certainement plus ». Le nombre exact s’approcherait vraisemblablement de 85 victimes. C’est le chiffre reconnu voici une vingtaine d’années par l’ancien ministre socialiste des DOM-TOM Georges Lemoine. Chez les Guadeloupéens on parle de 200 morts.
Vers une commission d’enquête ?
Le gouvernement français profita des événements pour liquider le mouvement nationaliste guadeloupéen incarné alors par le G.O.N.G. et l’Association générale des Etudiants guadeloupéens (A.G.E.G). De nombreux militants furent arrêtés. Certains, pris en flagrant délit, furent condamnés à de lourdes peines de prison ferme. Vingt-cinq autres, accusés d’avoir participé aux manifestations, furent incarcérés à Basse-Terre et seront jugés en avril 68. Enfin, Vingt-cinq militants Guadeloupéens, dont Michel Numa furent enfermés à la prison de la Santé, accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire.
Pour les Guadeloupéens, le travail de mémoire n’a pas été fait. Chaque année, les 26 et 27 mai, les militants qui se souviennent se rendent à la préfecture pour demander la création d’une commission d’enquête, pendant que les élus guadeloupéens observent un silence remarqué. Il est vrai qu’à l’époque, ils avaient signé un texte rendant les manifestants responsables du massacre.
Il a fallu trente ans pour que l’on reconnaisse le massacre des Algériens jetés à la Seine par la police de Maurice Papon le 17 octobre 1961. Le préfet Bolotte, comme par un fait du sort, est mort le 27 mai 2008. Combien de temps faudra-t-il encore pour que justice soit rendue, même symboliquement aux victimes noires des événements de mai 67 ?

Non au référendum illégal à Mayotte, territoire occupé !

L'association Survie lance une campagne contre le référendum illégal organisé par la France le 29 mars 2009 dans l'île comorienne de Mayotte, occupée depuis 1975, afin de la transformer en "département d'outre-mer". Signez la pétition en ligne adressée aux responsables et députés européens. PLUS D'INFORMATION
Visitez le
blog de Survie Languedoc-Roussillon




lundi 23 février 2009

Gwadloup : Pétition contre le mensonge et la manipulation d'État

Gwadloup


Pour obtenir satisfaction de la plateforme de revendications que le collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) avait publiée en décembre 2008, le peuple guadeloupéen s'est lancé dans une grève générale depuis le 20 janvier 2009.
Le samedi 24 janvier 2009, le LKP entame une série de négociations avec les organisations patronales autour de la première revendication portée par la plateforme : l'augmentation de la rémunération des salariés guadeloupéens.
Le mercredi 28 janvier, Yves Jégo, le secrétaire d'État à l'Outre-Mer, adresse un message, lu par le préfet de Guadeloupe et repris par l'ensemble des médias de l'archipel, afin d'inciter les représentants des employeurs à signer un accord pour l'augmentation des bas salaires. Jégo donne l'assurance "à toutes les entreprises de Guadeloupe qu'elles ne paieront aucune charge sociale sur tous les salaires jusqu'à 1,4 fois le SMIC" et insiste : "Dès qu'un accord sera trouvé entre partenaires sociaux sur cette question, je m'engage à ce qu'il soit mis en oeuvre par l'État ."

Le dimanche 1er février, le ministre atterrit en Guadeloupe pour gérer, en personne, les discussions entre le LKP et le patronnat guadeloupéen. À peine arrivé, Jégo claironne devant les micros et les caméras qu'il restera en Guadeloupe "tant que le conflit ne sera pas réglé".

C'est donc le mercredi 4 février 2009, sous la présidence du ministre que reprennent les négociations entre le LKP et les représentants des employeurs. Après une discussion qui dure toute la nuit du samedi 7 au dimanche 8 février, les syndicalistes et le patronat se mettent d'accord sur une augmentation de 200 € mensuels pour les travailleurs rémunérés en-dessous de 1,6 fois le SMIC. Cette revalorisation est garantie par le gouvernement français qui s'engage, comme l'a annoncé Yves Jégo une semaine auparavant, à réduire les cotisations sociales des entreprises guadeloupéennes. C'est le ministre en personne qui donne rendez-vous, pour l'après-midi même, à tous les participants aux négociations afin de signer l'accord à la préfecture de Basse-Terre.
C'est au moment où un accord a été trouvé que M. Jégo décide d'abandonner patrons, syndicats, représentants du peuple et, au-delà, la Guadeloupe toute entière pour rentrer en catimini à Paris. Le premier ministre François Fillon a ordonné à son ministre de l'Outre-Mer de rentrer au pas de course et de ne pas signer ce qu'il s'était pourtant engagé à signer.
Nul ne sait ce qui s'est dit entre les deux hommes, nul ne sait de quelle manière Fillon a recadré son subordonné. Tout ce que l'on sait, c'est que, le mercredi 11 février, les Guadeloupéens voient revenir un Yves Jégo, fidèle "voix de son maître", qui déclare que le gouvernement n'a jamais promis de garantir l'augmentation des salaires des travailleurs guadeloupéens par la baisse des cotisations sociales payées par les entreprises et que c'est aux partenaires sociaux de prendre, seuls, leurs responsabilités. La condition réclamée par les entrepreneurs guadeloupéens pour parvenir à un accord interprofessionnel est subitement effacée, les négociations sont ramenées à leur point de départ !

Après que les mensonges de M. Yves Jégo ont enlisé les discussions, le gouvernement français décide d'empoisonner encore un peu plus le climat social. Le lundi 16 février, des escadrons de gendarmes mobiles sont lâchés sur le pays : insultes racistes et passages à tabac pleuvent sur les Guadeloupéens.
C'est le jeu mortifère du gouvernement français qui a incendié l'ensemble des sections communales de la Guadeloupe. Ce sont les déclarations intempestives et contradictoires d'Yves Jégo qui ont amené au pourrissement des négociations pour l'amélioration des conditions d'existence de l'ensemble des citoyens guadeloupéens.

Par ces motifs et par respect pour le peuple guadeloupéen, nous demandons la démission immédiate d'Yves Jégo.

Ils peuvent tenter tout ce qu'ils veulent,
Nous boiterons mais nous ne tomberons jamais !

Basse-Terre - Pointe-à-Pitre - Paris, 20 février 2009

Pour signer la pétition, envoyez vos noms, prénoms, fonctions éventuelles et vos lieux de résidence à skm@lidejis.org

La répression contre les militants du Souss (Maroc) : quatre procès contre 8 militants d’Ouzioua et Taliouine

Au Maroc, manifester sa solidarité est un délit. Nous avons reçu les informations ci-dessous concernant les accusations injustes et répétées contre des militants des droits de l'homme des régions d'Aoulouz et Taliouine qui défendent sans relâche les victimes d'injustices et de répression, donc qui dérangent les autorités. Solidarité Maroc 05 (Gap, Hautes-Alpes, France), l’AZLS (Paris-Carcassonne) et Tlaxcala (monde) avaient déjà protesté contre les injustices dont souffrent les paysans habitant la région du barrage Mokhtar Soussi, défendus, entre autres, par l'enseignant Amal Lahoucine.
Nous(
Solidarité Maroc 05, AZLS, Tlaxcala) avons constitué un Réseau de solidarité avec les militants du Souss que pouvez rejoindre en écrivant à solidmar05[at]gmail.com.
- 1 - Le Pacha de Taliouine avait mené une guerre farouche contre les jeunes de Tagargouste fin août 2007 pendant 4 jours, à cause de leur décision de boycotter les élections du 7 septembre 2007.
Les forces de répression (gendarmes et mokhaznia) sous la direction du pacha avaient arrêté 16 jeunes garçons et filles et la gendarmerie a établi des PV de poursuites.
Les jeunes de Tagargouste avaient alors organisé une marche de protestation contre la répression du Pacha. La marche a été écrasée par les gendarmes sous la direction du colonel de gendarmerie de Taroudant déplacé à Taliouine et accompagné par la police judiciaire de Taroudant et les brigades d’Ouled Berhil et d'Aoulouz.
Pour bien justifier son intervention musclée contre la marche pacifique des jeunes, le colonel a fait arrêter quatre militants, qui ont été transférés à Taroudant et il leur a établi des pv en présence des chefs de la DST de Taroudant.
Les militants poursuivis sont :
- Amal Lahoucine, Nourdine Driss, Choukri Yassine et Nourdine Samir, qui sont tous des memmbres de l'association Afra de Taliouine, procès n° 866/08 le 12 mars 2009.
Pour étayer la justification des ces faits violents, le procureur du tribunal de Taroudant a constitué un sac d’inculpations très lourd contre Amal Lahoucine : « insulte à un fonctionnaire (un gendarme) dans l’exercice de ses fonctions et protestation dans un lieu public sans autorisation ». Il a été inculpé pour avoir essayé d’enlever l’appareil photo de ce gendarme et de lui arracher sa chemise !
Une inculpation injuste et fausse !
Le procès du 12 mars 2009 du dossier n° 866/08 sera le seul moyen qui permettra au régime d'arrêter et d’enfermer Amal Lahoucine derrière les barreaux. Le régime usera de ses possibilités et utilisera cette nouvelle arme qui mène à une condamnation qui peut aller jusqu’à 5 ans de prison ferme pour museler les activités militantes d’Amal Lahoucine.

- 2 - D’autre part la marche rouge du 7 mai 2006 des paysans pauvres d’Ouzioua pour réclamer leurs droits à l’électrification, à l’eau potable, à l’eau d’irrigation et à l’exploitation des ressources naturelles autour du barrage Mokhtar Soussi, a été suivie d’une répression judiciaire. Le régime marocain poursuit les militants de la société civile d' Ouzioua devant le tribunal de première instance à Taroudant.
Les cinq militants poursuivis étaient :
- Aakik Driss, secrétaire général du syndicat des paysans pauvres.
- Amal Lahoucine, président de l’association Ifghelen.
- Chkib Boubker, vice président de l’association Atlas. - Bouichou Mohamed, membre du conseil de la commune d’Ouzioua.
- Id Bouichou Mohamed, paysan pauvre membre de l’association Atlas.
Ils ont été condamnés le 21 décembre 2007 à 4 mois de prison avec sursis et une amende de 2500 dirhams chacun.

- 3- Les paysans pauvres ont continué leur lutte en organisant des sit-in le 14 novembre 2007, le 3 janvier 2008 et le 30 mai 2008. Comme à son habitude, le régime marocain poursuit six militants :

- Ifkirne Abdelmalik membre du bureau de l’association Mokhtar Soussi.
- Aakik Driss, secrétaire général du syndicat des paysans pauvres.
- Amal Lahoucine, président de l’association Ifghelen.
- Chkib Boubker, vice-président de l’association Atlas.
- Bouichou Mohamed, membre du conseil communal d’Ouzioua.

Les paysans d'Ouzioua ont maintenant 3 procès au tribunal de première instance à Taroudant :
- dossiers no 1348/08 et 1245/08 le 12 février 2009.
- Dossier no 1521/08 le 12 mars 2009.
Le motif d’inculpation est : avoir organisé des sit-in dans des lieux publics sans autorisation.
Le verdict des deux procès du 12 février sera rendu le 26 février 2009. Les organisations politiques de gauche, de droits de l'homme, syndicales et associatives de Taroudant sont mobilisées contre cette insulte injuste et fausse.

Il serait souhaitable que de nombreux militants envoient une lettre inspirée ou copiée du message ci-dessous pour protester contre ces atteintes aux droits humains et sociaux :
" NOUS VOULONS EXPRIMER NOTRE SOLIDARITÉ AVEC LES 8 MILITANTS D´OUZIOUA ET TALIOUINE QUI SERONT TRADUITS DEVANT LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE À TAROUDANT LE 12 FÉVRIER 2009 ET LE 12 MARS 2009 POUR AVOIR PARTICIPÉ À UNE MANIFESTATION PACIFIQUE.
NOUS PROTESTONS CONTRE CETTE RÉPRESSION À L’ENCONTRE DES MILITANTS ASSOCIATIFS DONT LE SEUL CRIME EST D'AVOIR LUTTÉ POUR LEURS DROITS POLITIQUES ET CIVILS ET POUR LES BIENS PUBLICS
."
Les 8 militants poursuivis sont :
- Amal Lahoucine, Nourdine Driss, Choukri Yassine, Nourdine Samir, Ifkirne Abdelmalik, Aakik Driss, Chakib Boubker et Bouichou Mohamed.
Les quatre procès :
Le n° 1348/08 et le n° 1245/08 le 12 février 2009 et le n° 1521/08 et le n° 866/08 le 12 mars 2009.
MESSAGE À ENVOYER À :
M. Le Premier Ministre : - Fax : 00 212 037761777
M. Le Ministre de la Justice : - Fax 00 212 037723710
M. Le Ministre de l’Intérieur: Fax 00 212 037766861 ou bien 212 037767404
M. le gouverneur de Taroudant Fax 00 212 028852018
M. le Wali (Préfet) d’Agadir Fax 00 212 028840249
Si vous n'avez pas de fax, vous pouvez essayer d' envoyer un mail de protestation au Premier ministre :
courrier@pm.gov.ma, au ministre de la Justice : courrier@mj.gov.ma et au ministre de l'Intérieur : courrier@mi.gov.ma

Ou bien aux adresses suivantes :
Le ministre de la Justice :
http://www.annuaires.justice.gouv.fr/inc_alias/contact.php?contact=annuaires
Le ministre de l'Intérieur :
http://www.interieur.gouv.fr/sections/contact/ministre/ministre
Le Premier ministre :
http://www.pm.gov.ma/fr/contact.aspx

Merci pour eux !

mardi 10 février 2009

La République Palestinienne de Dayton

par Abdelbari ATWAN , Al Quds Al Arabi, 9/2/2009. Traduit par IAY et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
جمهورية دايتون الفلسطينية

Peu de gens en dehors des cercles de pouvoir à Ramallah et de leurs appareils de sécurité, connaissent les « exploits » du général US Keith Dayton qui est officiellement chargé par l’administration de son pays de créer des forces de sécurité palestiniennes sur de nouvelles bases, qui se fondent sur l’instauration du contrôle de l’État (où est-il ?) sur ses frontières (lesquelles ?) dans le proche avenir. L’article du journaliste US Thomas Friedman dans le NewYorkTimes du samedi 7 février (Beyond The banks NdT) nous apporte des précisions sur cette question.

Friedman dit que le général Dayton l’a emmené dans la ville de Jénine pour lui montrer ses « exploits » et qu’il a été surpris de ce qu’il a découvert. Les membres de la deuxième compagnie se sont alignés devant leur « maitre » (le qualificatif vient de moi [Abdul-Bari Atwan, NdT]) usaméricain avec leurs mitraillettes Kalachnikov en effectuant le salut militaire. Le général les salue à son tour et il leur fait un discours flatteur sur leur noble mission qui consiste à « prendre soin de leurs concitoyens dans ces temps difficiles, car c’est ainsi que se comportent des forces de sécurité professionnelles ».

La manière dont le général US avait inspecté ces forces et s’était adressé à elles montre qu’elles exécutent ses ordres et qu’elles accomplissent la mission que lui et son gouvernement décident, et non pas un autre gouvernement ou une autre autorité. C’est lui qui finance, qui décide et qui établit les tâches.


Le Général Keith Dayton salue "ses" hommes lors d'une visite à la Mouqataa le 17 décembre 2007. Photo AFP/ Getty Images


Il semble que ces « forces de Dayton » ont déjà commencé à accomplir leur mission et de la meilleure manière, car elles se sont opposées aux manifestants avec efficacité en les réprimant et en les arrêtant durant les manifestations de solidarité et de condamnation des massacres israéliens dans la bande de Gaza. En revanche, ces forces sont restées spectatrices quand, quelques mois plus tôt, des colons ont attaqué les habitants d’al-Khalil (Hébron, NdT) en agressant et en détruisant, au point que l’un des dirigeants de ces forces a répondu aux demandes de ses concitoyens d’ intervenir afin de les protéger de la sauvagerie des colons, en disant qu’il n’avait pas de consignes pour affronter les Israéliens, mais seulement les Palestiniens.

Jénine était l’une des villes à la résistance la plus féroce, et fut considérée comme une base solide pour engendrer les candidats aux opérations-martyres, et les hommes, les vrais. Il suffit de constater que son petit camp (1 km carré) a tenu pendant une dizaine de jours face à l’offensive israélienne et a réussi à faire 26 tués et 36 blessés parmi les rangs des forces d’agression, c’est-à-dire quatre fois les pertes de l’armée israélienne pendant sa dernière agression contre la bande de Gaza. Ceci explique pourquoi le général Dayton s’intéresse à cette ville et fait d’elle le « diamant » de sa couronne d’« exploits » sécuritaires, qui sont celui de briser les forces de la résistance à Jénine et la généralisation de cette expérience sur toutes les villes palestiniennes en Cisjordanie.

L’objectif de la création de ces forces, de leur « engraissement » et des millions dépensés pour leur entraînement, n’est pas la préparation à la construction de l’État palestinien, mais vise à l’empêcher et à pérenniser l’occupation en cours. En fait partout dans le monde, on commence par créer l’État puis ses institutions sécuritaires et politiques, sauf en Palestine où le triangle est « renversé » ainsi que les priorités, ce qui explique la poursuite de la colonisation, l’usurpation des terres, et le creusement des tunnels sous la mosquée al-Aqsa (les tunnels à al-Quds sont bons car ils sont israéliens même s’ils aboutissent à l’effondrement des fondations d’al-Aqsa… Mais les tunnels de Rafah sont diaboliques car ils sont utilisés pour faire entrer la nourriture et les médicaments pour les assiégés).

Les forces de sécurité de Dayton dont le nombre s’élève à 1600 hommes à ce jour, qui ont été entraînées en Jordanie et s’apprêtent à intégrer 500 nouveaux membres, lesquels suivent des stages d’entraînement similaires, ont une mission principale axée autour de la protection des colonies, de la répression par la force de toute résistance palestinienne et de la collaboration avec leurs homologues israéliens dans ce domaine, c’est-à-dire dans l’anéantissement de tout sentiment patriotique.

Il est clair que ces forces sont en harmonie avec les projets US futurs pour la Cisjordanie, et pour y éviter la reproduction de l’expérience de la bande [de Gaza], c’est-à-dire d’empêcher que la Cisjordanie ne devienne à son tour une base de résistance. Tony Blair, l’émissaire du Quartet, a résumé l’avenir de la Cisjordanie en parlant de la nécessité de concentrer les efforts sur l’infrastructure économique, et de la préparer pour élever le niveau de vie des habitants, en tant qu’étape essentielle avant d’arriver à la création de l’État. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a répété la même chose durant sa dernière visite à Ramallah.

Benyamin Netanyahou, le chef du parti Likoud et celui qui a le plus de chance de gagner les élections israéliennes générales qui auront lieu demain (mardi 10 février, NdT), s’est emparé de ce fil et a commencé de mettre l’accent dans sa campagne électorale sur « la paix économique » avec les Palestiniens, et sur l’engagement à ne pas rendre la Cisjordanie et le Golan à leurs propriétaires arabes.

Le colonel Radhi Abu Assidah, l’un des dirigeants des appareils sécuritaires du général Dayton, a fièrement déclaré : « Nos forces ont désormais du professionnalisme et aussi un bon entraînement. Maintenant nous disons aux gens : Vous pouvez manifester en solidarité avec Gaza, mais vous devez faire cela d’une manière moderne ».

Ce que le colonel Radhi entend par cette manière moderne, c’est que les gens doivent être comme les peuples d’Alaska ou d’Islande [notre ami Abdelbari ATwan n’a pas l’air d’être au courant des manifestantions militantes qui ont lieu en Islande depuis des mois et ont même provoqué la chute du gouvernement, NdR], ils doivent se contenter d’allumer des bougies et de faire des prières pour les victimes de la sauvagerie israélienne. Tout autre acte sera réprimé par les matraques, voire par les tirs de balles et la torture dans des camps de détention.

Mais comment les gens de la Cisjordanie vont-ils manifester d’une manière civilisée alors que les soldats israéliens les humilient tous les jours aux points de contrôle, confisquent leurs terres, démolissent leurs mosquées et lâchent sur eux les colons pour les agresser, détruire leurs plantations et arracher leurs arbres ?

Dans le passé on parlait de la solution à deux États. Maintenant on parle de la « paix économique », ce qui veut dire transformer le peuple palestinien en un peuple qui se fait acheter par les denrées de subsistance et les salaires mensuels payés par les États donateurs, en échange de quoi on lui demandera d’ oublier totalement sa cause nationale. Quant à celui qui désobéit, les forces « professionnelles » et « bien entraînées » du général Dayton sauront comment s’occuper de son cas avec la méthode adéquate.

Gidi Grinstein, le président de l’institut israélien Reut, un laboratoire d’idées (think tank) qui fournit des études consultatives au gouvernement, décrit la mission de Dayton comme une « mission lumineuse dans un paysage détruit et sur laquelle on peut bâtir, car la question ce n’est pas seulement la terre, mais aussi comment la remplir ».

Il est clair, selon nous, qu’il propose deux réponses à cette question : Soit de remplir cette terre par de nouveaux colons, ou bien d’importer, d’un autre endroit du monde, un autre peuple capable de vivre selon les manières israéliennes de faire. Car le peuple palestinien ne peut entrer dans aucun de leurs moules.

C’est certainement un avenir obscur qui attend le peuple palestinien à l’ombre du général Dayton, ses projets et ses adeptes, mais ce qui est encore plus obscur, à notre avis, c’est l’existence d’une autorité palestinienne qui le laisse faire, lui donne la « couverture légale », lui fait le salut militaire par admiration et par reconnaissance, et qui ne tarit pas déloges pour ses grands « exploits » en faveur du peuple palestinien.

vendredi 6 février 2009

L’Égypte ou le symptôme de l’éléphantiasis diplomatique


par René Naba, 5 février 2009

L’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Égypte pour lutter contre le trafic des armes au large de Gaza, de même que l’activisme diplomatique tardif déployé par le Caire avec l’hébergement des pourparlers inter-palestiniens et la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de l’enclave palestinienne détruite par Israël, ne modifieront en rien la cruauté du constat: Misr Oum ad Dounia, l’Égypte, Mère du Monde, l’Égypte, dont l’histoire s’est longtemps confondue avec l’épopée, n’est plus que l’ombre d’elle-même, un pays qui a intériorisé sa défaite, voué au rôle peu glorieux de sous-traitant de la diplomatie américaine sur le plan régional, de factotum des impératifs de sécurité d’Israël, le ventre mou du monde arabe, son grand corps malade.

Placé au centre géographique du monde arabe, à l’articulation de sa rive asiatique et de sa rive africaine, abritant la plus forte concentration industrielle dans une zone allant du sud de la Méditerranée aux confins de l’Inde, contrôlant de surcroît, de manière exclusive, les deux principaux axes de communication du monde arabe, le Nil vers le continent africain, le Canal de Suez vers le Golfe pétrolier, l’Égypte a longtemps été le fer de lance du combat nationaliste arabe. Plaque tournante de la diplomatie arabe, elle a assumé sans relâche le rôle du grand frère protecteur, le régulateur de ses turbulences, le parrain de ses arrangements, comme ce fut le cas de l’accord libano-palestinien du Caire, le 3 Novembre 1969, qui mit fin à la première guerre civile libano-palestinienne, ou de l’accord jordano-palestinien, le 27 septembre 1970, dans la foulée du Septembre Noir jordanien.

Mais l’artisan de la première nationalisation victorieuse du Tiers-monde, la nationalisation du Canal de Suez, en 1956, qui sonna le glas de la présence coloniale franco-britannique en terre arabe, la base arrière des principaux mouvements de libération du monde arabe, de l’Algérie au Yémen du Sud, le destructeur de la ligne Bar Lev, en 1973, qui exorcisa le complexe d’infériorité militaire arabe vis à vis d’Israël, parait comme atteint d’éléphantiasis diplomatique, à en juger par son comportement honteusement frileux durant les deux dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction israélienne du Liban, en juin 2006, et la guerre de destruction israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008.
Même dans le domaine privilégié de sa suprématie qui capta l’imaginaire et l’adhésion des foules pendant un demi-siècle, le domaine culturel, sa supériorité parait battue en brèche.

Premier exportateur de vidéocassettes, de films et de téléfilms dans le monde arabe, l’Égypte disposait d’un magistère culturel sans égal, s’articulant sur trois piliers: Le charisme de son chef, Nasser, sa brochette prestigieuse de vedettes de grand talent, Oum Kalsoum et Abdel Wahab, ses grands écrivains Taha Hussein, Naguib Mahfouz et le poète contestataire Cheikh Imam, Tahia Karioka et Nadia Gamal, sur le plan de l’industrie du divertissement et du spectacle, le tandem formé, enfin, sur le plan de la communication, par le journal Al-Ahram, le plus important quotidien arabe, et Radio Le Caire, la doyenne des stations arabes. Septième diffuseur international par l’importance de sa programmation radiophonique hebdomadaire, Radio Le Caire émet en 32 langues couvrant un large spectre linguistique (Afar, Bambara, pachtoune, albanais). Il constituait un puissant vecteur de promotion des vues égyptiennes aux confins du quart monde. Mais son primat culturel pâtit désormais de la renaissance de Beyrouth, le point de fixation traumatique d’Israël, capitale culturelle frondeuse du monde arabe, et de la fulgurante percée des chaînes transfrontières arabes, en particulier Al-Jazira, désormais indétrônable par son professionnalisme.

La passivité égyptienne devant le bain de sang israélien à Gaza, sa léthargie diplomatique face à l’activisme des pays latino-américains, le Venezuela et la Bolivie qui ont expulsé l’ambassadeur israélien à Caracas et La Paz, a suscité une levée de boucliers des Frères Musulmans conduisant la confrérie à cesser toute opposition à la Syrie, rendant caduque sa collaboration avec l’ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, le transfuge baasiste réfugié à Paris. Par un invraisemblable renversement d’alliance qui témoigne du strabisme stratégique de l’Égypte, c’est la Syrie, son ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israël, qui constitue désormais sa bête noire.
C’est Gaza, à bord de l’apoplexie, qui est maintenu sous blocus et non Israël, ravitaillé en énergie à des prix avantageux, défiant toute concurrence, sans doute pour galvaniser la machine de guerre israélienne contre un pays sous occupation et sous perfusion, la Palestine.
Indice de sa servitude à l’égard des USA, la moindre initiative de l’Égypte est tributaire du contreseing américain, que cela soit dans le domaine de la technologie nucléaire obtenu, en 2005, après que l’Iran se fut engagé dans la course atomique et afin d’y faire contrepoint, ou que cela soit dans le domaine diplomatique. La dernière initiative franco-égyptienne sur Gaza n’échappe pas à la règle. Elle répond davantage au souci de MM. Hosni Moubarak et Nicolas Sarkozy de sauver du naufrage à sa première épreuve l’Union Pour la Méditerranée, dont ils assument la co-présidence, que de mettre un terme au bain de sang israélien.

L’Égypte bénéficie, il est vrai, d’une rente stratégique matérialisée par une aide américaine de trois milliards de dollars par an. Mais cette obole apparaît à bon nombre d’observateurs comme une sorte de denier de Judas, ne pouvant compenser aux yeux de l’opinion publique du Tiers-monde, le socle de la puissance diplomatique égyptienne, les effets dévastateurs de ce lymphatisme tant sur le plan du prestige international de l’Égypte qu’au plan de la sécurisation de l’espace national arabe.

Nizar Outhman نزار عثمان

L’Égypte est frappée du symptôme d’éléphantiasis, à l’image de son vieux Président (80 ans), un personnage au teint cireux, un personnage de cire, en voie de momification par près de trente ans d’un pouvoir autocratique schizophrénique, ultra-répressif sur le plan interne, léthargique sur le plan international, cramponné à son siège dans l’attente d’une succession filiale.

Nasser a nationalisé le Canal de Suez et résisté à l’agression tripartite franco-anglo-israélienne, en 1956. Vaincu en 1967, il a aussitôt déclenché une «guerre d’usure» de 18 mois le long du front de Suez, dans une démonstration de son refus de la résignation et de la capitulation, avant de mettre fin à la guerre civile jordano-palestinienne, la veille de sa mort en septembre 1970.

Sadate a récupéré le Sinaï mais marginalisé son pays par sa signature d’un traité de paix solitaire avec Israël. Moubarak, lui, la vache qui rit, selon le sobriquet qui lui colle à la peau depuis le début de son règne pour souligner son cynisme faussement niais, passera dans l’histoire pour avoir été le dirigeant égyptien sans la moindre action d’exploit à son actif, sinon de réintégrer son pays au sein Ligue arabe pour en faire une rente de situation à l’effet de cautionner toutes les interventions militaires américaines contre les pays arabes que cela soit lors de la première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1990, ou encore treize ans plus tard, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Le cessez-le-feu unilatéral israélien dans la bande de Gaza conclu à la suite d’un arrangement entre deux gouvernements moribonds, le revanchard israélien Ehud Olmert mal remis de défaite face au Hezbollah libanais, en 2006, et le pantin américain George Bush, a retenti comme un cinglant camouflet tant pour le nouveau président américain Barack Obama que pour le médiateur égyptien Hosni Moubarak que pour son alter ego français, Nicolas Sarkozy, le vibrionnant et inopérant co-président de l’Union pour la Méditerranée.
Le contournement de l’Égypte par ses deux partenaires du Traité de Paix de Camp David dans des arrangements de sécurité concernant l’enclave palestinienne qui lui est frontalière a cruellement mis à jour le rôle de servants -et non de partenaires- des États arabes au sein de la diplomatie occidentale, conduisant l’Égypte et l’Arabie saoudite à afficher une unité de façade avec leurs contestataires, principalement la Syrie, au sommet économique du Koweït, le 19 janvier, la veille de la prestation de serment du président Obama.

Que l’on ne s’y trompe donc pas: L’hébergement de la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de Gaza, de même que l’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Égypte pour lutter contre le trafic des armes au large de l’enclave palestinienne sont principalement destinés à renflouer le président Hosni Moubarak, en plein naufrage diplomatique, de même que son compère palestinien discrédité Mahmoud Abbas. Ils visent en outre à maintenir un rôle européen même ténu au Moyen-Orient, dans la nouvelle configuration diplomatique de l’ère Obama.
L’avènement du premier président afro-américain de l’histoire frappe de relégation Nicolas Sarkozy d’autant plus inexorablement que le dernier chef de file européen du néo-conservatisme américain, le pivot européen de l’axe israélo-américain, discrédité par une ostentation tapageuse et les rebuffades successives d’Israël, est affligé de surcroît de collaborateurs décriés pour leur flexibilité morale avec un chef de la diplomatie sous perfusion financière d’un satrape africain (1) et la compagne de cet ancien humanitariste, la risée universelle de l’opinion pour son maniement frénétique de la sulfateuse dans l’éradication du pluralisme politique au sein du dispositif audiovisuel extérieur français (2).


Nizar Outhman نزار عثمان

Le Pharaon d’Égypte est nu, dénudé par ses nouveaux alliés: le Primus inter pares (3) des Arabes est désormais «le passeur des plats» officiel de la diplomatie israélo-américaine. Triste destin pour Le Caire, Al-Kahira, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de «l’axe de la modération arabe». L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, assume désormais sans vergogne le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption….l’axe de la résignation et de la capitulation…l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien.

Notes

1- cf. à ce propos, sur le site «Bakchich» Bernard Kouchner, ministre des factures étrangères
(15 janvier 2009), dans laquelle le site fait état d’un versement de 817.000 € du président gabonais Omar Bongo à une société de consultants en rapport d’affaires avec le ministre français des Affaires étrangères, à titre de rétribution d’une consultation sur le système de santé gabonais, et un article du même site, trois jours plus tard, Bernard Kouchner et Christine Ockrent sont devenus fous, mais personne ne les soigne, (Bakchich, 18 janvier 2009), ainsi que Kouchner: du sac de riz au sac de blé in Le Canard enchaîné du mercredi 21 janvier 2009, dans lequel le journal satirique relate comment le ministre français des Affaires étrangères «est passé en quelques années de Médecins sans frontières à Médecins sans scrupules», de même que le livre de Pierre Péan Le monde selon K, paru le 4 février 2009 aux Éditions Fayard.

2- Depuis sa prise de fonction à la direction de l’audiovisuel extérieur, en 2007, Christine Ockrent a procédé, sous de prétextes fallacieux, au licenciement des journalistes réputés pour leur connaissance du monde arabe, notamment le journaliste et écrivain Richard Labévière, grand spécialiste de la zone et auteur d’un interview du président syrien Bachar al-Assad, ainsi que Wahib Abou Wassel, représentant syndical et unique journaliste palestinien de l’audiovisuel extérieur français.

3- Primus inter pares : le premier parmi ses pairs


Rififi à Davos

Ci-dessous la vidéo du débat historique sur Gaza qui a eu lieu au Forum Économique Mondial de Davos, transcrit et traduit par le réseau Tlaxcala.

Lire la transcription et la traduction intégrale ici


mercredi 4 février 2009

La "justice" tunisienne a la main lourde

Procès de Gafsa : les meneurs du mouvement social condamnés en appel

TUNIS, 4 fév 2009 (AFP) - La cour d'appel de Gafsa, dans le sud-ouest de la Tunisie, a prononcé mercredi des peines de prison réduites pour la plupart des 38 Tunisiens jugés pour leur participation à un mouvement de contestation sociale en 2008 dans cette région minière, a-t-on appris de sources judicaires.
Cinq des dirigeants condamnés en première instance à 10 ans de prison se sont vu infliger des peines de 6 ans à 8 ans de prison, selon le verdict publié de source judicaire à Tunis.
Le parole-parole du mouvement, Adnane Hajji, et son co-accusé, Bechir Laabidi, ont écopé de la peine maximale de 8 ans d'emprisonnement ferme, ont indiqué leurs avocats à l'AFP, jugeant le verdict "inattendu et trop sévère".
La Cour a aussi prononcé des peines réduites, entre 3 et 4 ans de prison, à l'encontre de neuf autres prévenus initialement condamnés à 6 ans d'emprisonnement.
Elle a également allégé d'un an des condamnations à 4 ans de prison pour quatre prévenus et prononcé ou reconduit des peines avec sursis pour d'autres.
Sa décision infirmait en revanche des jugements de relaxe rendus à l'égard de cinq prévenus, les condamnant à deux ans de prison avec sursis.
Trente-quatre accusés, dont 18 en état d'arrestation, ont comparu mardi tandis que quatre autres, jugés par contumace, ont vu leurs condamnations reconduites.
La Chambre criminelle près la Cour d'appel a rendu ce verdict à l'issue d'une audience marathon commencée mardi à la reprise du procès ouvert le 19 janvier contre des syndicalistes et des jeunes pour la plupart.
Ils ont été jugés pour des faits remontant au premier semestre 2008 lorsque des manifestations contre le chômage, le coût de la vie et la corruption ont dégénéré (sic!) entraînant la mort d'une personne tuée par balles le 6 juin à Redeyef, ville du bassin minier producteur de phosphate.

Le procureur de la CPI étudie les moyens de juger les officiers israéliens pour « crimes de guerre » à Gaza

par Catherine Philp à Davos et James Hider à Jérusalem, The Times, 2/2/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original
Prosecutor looks at ways to put Israeli officers on trial for Gaza 'war crimes'

La Cour Pénale Internationale étudie les moyens de poursuivre en justice des commandants israéliens pour crimes de guerre à Gaza.

Les crimes présumés comprennent l'utilisation du phosphore blanc mortel dans des zones fortement peuplées par des civils, comme l'a révélé une enquête du Times le mois dernier. Israël a tout d'abord nié avoir utilisé l'arme controversée qui cause d'horribles brûlures mais elle a du reconnaître plus tard, face à l'accumulation des preuves, l'avoir employée.

Quand des groupes palestiniens ont présenté une requête à la CPI ce mois-ci, son procureur a déclaré qu'elle se trouvait dans l'impossibilité de saisir l'affaire car elle n'avait aucun pouvoir de juridiction sur Israël, qui n'est pas signataire du Statut de Rome. Cependant, Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, a indiqué au Times qu'il était, maintenant, en train d'examiner si la juridiction palestinienne pouvait s’exercer sur des crimes présumés, perpétrés à Gaza.

Des groupes palestiniens ont présenté des arguments affirmant que l'Autorité palestinienne est l'État de fait dans le territoire où les crimes présumés ont été commis.

« C'est l'État territorial qui doit en déférer à la cour. Le débat est de savoir si l'Autorité palestinienne est en réalité, cet État », a indiqué M. Moreno-Ocampo au Times lors du Forum économique mondial de Davos.

Une partie de l'argument palestinien repose sur l'insistance d'Israël à proclamer qu'elle n'a aucune responsabilité à Gaza au regard de la législation internationale car elle s'est retirée du territoire en 2006. « Ils citent la jurisprudence, » a déclaré M. Moreno-Ocampo. « C'est très compliqué. Je suis en train d'examiner une analyse différente de la situation. Ça peut prendre du temps mais je prendrai une décision conformément à la loi ».

M. Moreno-Ocampo a indiqué que son examen de l'affaire ne reflétait pas forcément une conviction de sa part que des crimes de guerre avaient été perpétrés à Gaza. La première étape était d'établir une juridiction, a t-il déclaré, et c’est seulement après cela qu’il pourra décider de lancer une enquête.

Le bureau du procureur a déjà reçu de nombreux dossiers des groupes palestiniens sur les crimes présumés et attend d'autres rapports de la Ligue arabe et d'Amnesty International comprenant des preuves rassemblées à Gaza.

Régie par le Statut de Rome, fondement juridique de sa création, la Cour pénale internationale ne peut être saisie pour enquêter ou poursuivre des allégations de crimes les plus graves que si le pays responsable de ces crimes manque de volonté ou de capacité pour le faire dans son système judiciaire national.

Des États parties du traité peuvent déférer à la cour des affaires de crimes commis par leurs citoyens ou s'étant déroulés sur leur territoire. Des situations impliquant des citoyens ou le territoire d'un pays, non parties au Statut de Rome, peuvent être déférées à la Cour par le Conseil de sécurité des Nations Unies, comme ce fut le cas pour la région du Darfour au Soudan. La Côte d'Ivoire, qui n'est pas partie au Statut de Rome, a constitué un précédent en reconnaissant la compétence de la CPI pour les crimes commis sur son territoire. Elle a signé le Traité de Rome mais ne l'a jamais ratifié. En 2005, la Côte d'Ivoire a déposé une déclaration auprès de la CPI reconnaissant la compétence de la cour pour des crimes commis sur son territoire depuis septembre 2002.

Les juristes palestiniens soutiennent que l'Autorité palestinienne devrait pouvoir déférer à la Cour le cas de Gaza, sur ces mêmes bases ad hoc, bien que son statut d'État ne soit pas reconnu par la communauté internationale.

L'affaire a de grandes répercussions sur la reconnaissance d'un État palestinien. En rejetant l'affaire, la Cour mettrait l'accent sur le trou noir légal dans lequel se trouvent les Palestiniens qui demeurent sans État. Cependant, ceci met aussi en évidence les pires craintes d'Israël sur la reconnaissance d'un État palestinien à ses frontières. Un État palestinien qui ratifierait le Traité de Rome pourrait alors renvoyer à la Cour les crimes de guerre allégués à Israël sans qu'il n'y ait plus besoin de négociations juridiques. L'affaire pourrait également amener, par un effet boule de neige, la reconnaissance internationale d'un État palestinien par les pays qui souhaitent qu'Israël soit poursuivi en justice.

Une voie possible pour Israël serait d'accepter de mener une enquête sur ses commandants et de s'engager à poursuivre les crimes révélés par l'enquête. L'affaire ne serait alors plus dans l'orbite de la Cour Internationale. Ce qui semble peu probable pour l'instant, étant donné qu'Israël continue de rejeter la notion de crimes de guerre à Gaza.

L'armée israélienne a cependant lancé une enquête interne afin de savoir si du phosphore blanc avait été utilisé dans certains cas, sur des agglomérations, ayant fini par admettre qu'elle avait utilisé la substance incendiaire, qui n'est pas illégale pour créer des rideaux de fumée sur un champ de bataille mais dont l'utilisation est prohibée dans des zones civiles. Une vidéo d'une de ces attaques, montre ce qui semble être du phosphore blanc qui pleut sur une école des Nations Unies à Beit Lahiya, où étaient stationnées des ambulances et des équipes de la Croix Rouge.

Une coalition de groupes israéliens oeuvrant pour les droits humains exhorte le Ministre de la Justice du pays à ouvrir une enquête indépendante pour allégations de crimes de guerre par des troupes, ce qui pourrait contrer l'affaire au niveau de la Cour Pénale Internationale. Les groupes, dont B'Tselem (le Centre israélien d'information pour les droits de l'homme dans les territoires occupés), ont indiqué qu'il y avait eu des rapports démontrant que les forces israéliennes ont ouvert le feu dans des zones civiles, ont refusé l'aide médicale aux blessés et empêché des ambulances palestiniennes de les secourir et ont tiré sur des gens portant des drapeaux blancs.

Pendant ce temps, les Nations Unies préparent une enquête concernant le bombardement d'une école des Nations Unies à Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. Des forces israéliennes avaient envoyé des obus autour de l'école, qui avait été transformée en abri de réfugiés pour les Gazaouis qui fuyaient leurs maisons. Au moins 43 personnes ont trouvé la mort. Israël a déclaré que des militants palestiniens avaient tiré depuis l'enceinte de l'école, ce qui a été démenti par les Nations Unies.