vendredi 30 septembre 2011

«Profondément attristé» : c'est tout ?

Minable : le mot s'impose pour qualifier la réaction du gouvernement tunisien à l'incendie de Pantin. Béji Caïd Essebsi, le Premier ministre transitaire (pardon, transitoire), se rendant lundi 3 octobre à Washington, passera par Paris. Serait-ce trop lui demander qu'il en profite pour transmettre au gouvernement français l'expression de la colère du peuple tunisien après ce nouvel "accident" dont les autorités françaises sont les responsables directs, elles qui forcent les migrants venus d'Italie à s'abriter dans des squats dangereux? Voici le communiqué officiel, morceau d'anthologie de la pleutrerie.

République Tunisienne
Ministère des Affaires Étrangères

Actualités


30.09.2011

Incendie d'un immeuble à Paris: 4 tunisiens parmi les victimes


Catégorie : Nation, Dernière minute

Le ministère des Affaires étrangères tunisien s'est dit jeudi «profondément attristé» à la suite de l'incendie déclenché mercredi dans un vieux bâtiment de la banlieue parisienne, faisant des victimes parmi lesquelles se trouvent des tunisiens.

"Nous avons reçu des informations concernant ce douloureux incident, faisant part de la présence de quatre personnes de nationalité tunisienne parmi les victimes", a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères, citant les autorités sécuritaires françaises.
Le ministère explique que la vérification de l'identité des victimes se poursuit bien qu'il soit difficile de reconnaître les victimes brûlées.
Des contacts seront établis avec les familles des victimes dès que les services consulaires tunisiens auraient des informations plus précises sur cet incident.
Trois jeunes tunisiens ont été, également, blessés dans cet incendie et se trouvent, actuellement, sous surveillance médicale. Des responsables du consulat tunisien à Pantin se sont rendus au chevet des victimes.
Neuf autres tunisiens, légèrement blessés, ont été hospitalisés. Ils ont quitté l'hôpital et ont été hébergés par la municipalité de Pantin.
Six personnes sont mortes, dont deux par asphyxie, dans l'incendie d'un bâtiment à Pantin, banlieue Nord-Est de Paris.
Aucune indication n'a été donnée sur l'origine de cet incendie qui serait dû, selon les autorités françaises, à une bougie mal éteinte.

Le 23 septembre 2011, les galères sont réapparues en Méditerranée...

Photo Gabriele del Grande
...et cela dans les ports de Palerme puis Porto Empedocle en Sicile et Cagliari en Sardaigne. La police italienne a réquisitionné trois ferries pour y détenir illégalement 900 migrants évacués de Lampedusa par avions gros porteurs militaires C 130, du même type que ceux que l'Italie est en train de vendre à la Tunisie, qui ne fera ainsi que creuser sa dette. Les ferries répondant aux noms de MOBY FANTASY, MOBY VINCENT et..AUDACIA sont ainsi les premières galères au sens propre du XXIème siècle : des prisons flottantes. De là, les nouveaux galériens sont déportés vers la Tunisie, d'où ils viennent. Au nom de "l'urgence migration", de la lutte contre le "tsunami humain", l'Italie de Berlusconi, avec l'approbation tacite de l'Union européenne, bafoue toutes les lois internationales et nationales en vigueur. La séquestration de personnes à bord de navires dans les eaux internationales est un crime - elle relève de la piraterie - puni par le code pénal italien par une peine de 10 à 20 ans de prison. Le même crime, commis dans les eaux terrotiriales nationales, relève "seulement" de l'enlèvement ou kidnapping ("sequestro di persone") et est puni par le même code par une peine de 1 à 10 ans de priison, s'il est commis abbusivement par des fonctionnaires. On ne va pas laisser faire.
FG

mercredi 28 septembre 2011

Après l'Italie et ses blessés, la France ramasse les morts parmi des migrants tunisiens de Lampedusa ! Qui s'en soucie ?

Personne !
par Mongi Hazgui, mercredi 28 septembre 2011
Le 21 septembre 2011 quelques 300 immigrés tunisiens ont manifesté  à Lampedusa contre leurs conditions d'accueil. Des heurts ont éclaté avec les forces de l'ordre. Colère également des habitants de l'île. Certains d'entre eux ont attaqué à coups de pierres les manifestants. On comptait déjà une douzaine de blessés. La police anti-émeute est intervenue à coups de matraques, et des immigrés tunisiens ont sauté d'une hauteur de 3 à 4 mètres, pour échapper aux coups. Des habitants en colère s’en sont aussi pris aux journalistes couvrant l’émeute, leur demandant de quitter l’île. Et les violences ont fait plusieurs blessés…Qu’a fait notre gouvernement (provisoire) ? Rien et rien.
Hier, un scénario plus dramatique, au moins six personnes ont péri dans l'incendie maîtrisé d'un squat de migrants tunisiens.  Le bâtiment abritait  aussi des migrants libyens et égyptiens, et devait être démoli, Environ une trentaine de personnes y vivaient.
Quand est-ce que notre gouvernement (encore provisoire) s’occupera-t-il sérieusement de nos compatriotes ?
J’appelle tous les Tunisiens vivant  en France et en Italie à se rassembler pour exiger la résolution par notre gouvernement de ce problème épineux dans lequel se sont retrouvés nos compatriotes. Toutes les initiatives dans ce sens seront la bienvenue. Bougez pour eux, SVP !

Tunisie Transit: chroniques d'un pays en transition (3) تونس العابر: التقويم الفلكي من بلد يمر بمرحلة انتقالية

Retour sur un tabassage: La Blague

par Azyz Amami ((@Azyyoz), 19/9/2011

Short URL: http://wp.me/p16NIR-2yC

8 mois jour pour jour après le fameux 14 janvier, j’ai été illégalement arrêté et tabassé (pléonasme voulu, on ne peut être légalement tabassé) , pendant quelques heures dans un poste de police. Grâce à la vague déferlante de solidarité, j’ai pu être vite libéré, excuses à l’appui. Pendant trois jours, tout Internet (du moins celui visible en Tunisie) en parlait3. C’était le buzz du moment, une affaire de banane. Et depuis on ne cesse de me poser la question, que ce soit en public ou en privé , “Mais quelle a été la blague ??” , parce que le motif premier du défoulement policier sur mon corps civil fût bel et bien une blague. 
Au fait, voilà , c’est décidé , je vous raconte tout. La blague qui a causé mon arrestation est : “ON S’EN FOUT PAS MAL”. Enfants bananiers de républiques bananières (néo-ex-colons inclus) , la main d’un système qui se débat pour survivre, n’en est pas à sa première singerie.
Je remercie tous ceux qui se sont solidarisés avec moi, et motivés. Mais quitte à s’indigner, il faudrait que ce le soit par rapport à la répression continue , en tant que telle, non pas par simple copinage. Le gouvernement actuel, héritier légitime de l’autoritarisme ancestral, n’a pas cessé de montrer (avec une fierté inégalée) son illégitimité , tant sur le plan du discours que sur le terrain.
B.C.E , premier ministre valsant avec l’ange de la mort, n’avait-il pas répété à maintes reprises , au peuple tunisien que “de toutes façons ce n’est pas vous qui m’avez mis ici, et je n’ai de compte à rendre à personne”??? De même , la violence policière (toujours illégale) s’est maintes fois manifestée : le 28 janvier , ce fûrent les braves gars du sit-in de “Kasbah 1″ qui y goutèrent, persécutés ruelle par ruelle toute une nuit, qui restera comme une nuit des plus effroyables dans les mémoires. Le week-end fin février, ou les manifestants anti-gouvernement eurent droit au lynchage, balles réelles (Mohamed Hanchi en a été le martyr) , des scènes de tabassage à 30 policiers contre 1 (ce qui montre un peu la valeur arithmétique d’un policier).
En avril avec les “vendredis de violence noire” ou des agents cagoulés et des policiers armés de batons frappèrent aveuglément les passants au centre ville de Tunis. Les événements de Siliana, de Menzel Bourguiba et Sidi Bouzid, dont un jeune a trouvé la mort par balles réelles. Plein de jeunes leaders locaux de la révolution ont été arrêtés et tabassés puis relâchés, un par un. Hed Zoghbi, militant de droits de l’homme, est arrêté depuis 4 mois sans accusation, et il en est à sa troisième arrestation aprés la dite révolution.
Oussama Gaidi et Imed Aouidi, ont été arrêtés et tabassés le 24 avril par tous les services de police accessibles (dont le service Anti-Terrorisme) pour avoir osé avoir une caméra en pleine rue. Le 15 aout , Refik Rezine -ressortissant algérien- a été tabassé de la pire façon , puis arrêté des heures pour avoir osé prendre des photos en pleine manifestation pour l’indépendance de la justice. Un professeur universitaire meurtri a été laissé pour mort le même jour en pleine rue.
Amine Rekik y est passé auparavant. Taher Melliti, simple bachelier ayant eu une mention “trés bien” lors de son bac, dans un quartier populaire, a retrouvé la mort début aout , aprés avoir été tabassé par 4 policiers, à mort. Sans parler des violences extrêmes des manifestations de fin mai, là ou Bassem Bouguerra a failli laisser les bras. Encore moins de cet ami avec lequel j’ia pris des bières le lendemain de mon arrestation, et qui a été tabassé tout de suite aprés que l’on s’est quitté.
Et j’en passe de ces “cas” que je ne peux énumérer, dont une grande partie est mentionnée dans le rapport de la FIDH de 2011. Hélas , devant le traitement médiatique, ce ne sont que des “cas”. La police , la violence institutionnalisée, n’est pas indépendante de la volonté politique qui contrôle l’appareil exécutif. Et on l’a bien vu, les policiers ont beau gronder, ils se résignent toujours aux ordres.
Je remercie encore de tout mon coeur ceux qui m’ont supporté. Mais, je ne peux que constater avec amertume que le “deux poids deux mesures” est toujours là. Les médias, de mèche dans le petit jeu de “construction de symboles” , y ont fortement contribué. Ainsi que le jeu d’influence qui en découle. Jeté sous les projos , on a trop parlé de moi. Etant un “connu” relatif, mes amis se sont débrouillés, et le directeur de sûreté nationale est intervenu pour que l’on me relâche, après les pressions de la part de “connaissances” , voulues et moins voulues, et après la campagne instantanée déclenchée sur internet.En une seconde , les policiers se sont métamorphosés aprés ce coup de fil, et le loup a troqué sa peau contre celle d’un agneau. Et bien que ça flatte mon égo, je ne peux m’en réjouir. Car ce n’est en rien l’acheminement logique des choses. Mes autres concitoyens n’ont pas eu droit à ce privilège, et c’est là que je m’effraie pour moi même, de peur que ces médias ne me biaisent. De peur que , même à travers ma personne, une mini-corruption revienne.
Mes concitoyens n’ont pas eu droit au privilège auquel j’ai eu droit, et qui a fortement allégé ce qui aurait dû être mon sort. Et ça me révolte. Ce n’est pas de leur faute qu’ils ne s’appellent pas “Azyz Amami” , encore moins de la mienne. Citoyens, ils ont droit au respect, de la part de ceux qui sont censés être les serviteurs des citoyens. Il ne devrait pas y avoir de différenciation, ou de répression, et l’indignation devrait être la même pour tous. J’aurais aimé voir cette même vague de solidarité avec Amine Rekik, Rafik Rezine, Sami Feriani etc.. via les mêmes médias.
Pour finir , je dis que, si nos policiers sont des singes, c’est parce qu’ils sont gouvernés par des macaques. Il suffit de voir Caid Essebsi gouverner, comme s’il était au dessus d’un bananier :)

mardi 27 septembre 2011

Commotion, le projet d'un Internet hors de tout contrôle

par Yves Eudes, Le Monde, 30/8/2011
Español  Commotion, el proyecto de un Internet fuera de todo control 

Un immeuble confortable et anonyme, au cœur de Washington, à quelques rues de la Maison Blanche. Dans une enfilade de bureaux au fond du 5e étage, une vingtaine de jeunes gens, surtout des garçons, travaillent discrètement, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Cette petite équipe, composée d'informaticiens, de juristes et de sociologues, est en train de réaliser l'utopie suprême des hackers et des militants libertaires du monde entier : un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante – ni relais téléphonique, ni câble, ni satellite. Ils seront mouvants, horizontaux, entièrement décentralisés et échapperont à toute surveillance, car le trafic sera anonyme et crypté.

Une vingtaine de jeunes gens finalisent un logiciel permettant la création de réseaux sans fil à haut débit 100 % autonomes, qui fonctionneront sur les fréquences Wi-Fi, sans s'appuyer sur aucune infrastructure existante. Conspiritech / Wikimedia commons.

Ce projet ambitieux – nom de code Commotion– est dirigé par Sascha Meinrath, 37 ans, militant de longue date de l'Internet libre et précurseur des réseaux citoyens – au sein du collectif de journalistes en ligne Indymedia, puis à l'université d'Urbana-Champaign (Illinois), un des berceaux du logiciel libre, et dans diverses start-up et ONG d'action sociale : "J'ai bricolé mon premier réseau autonome il y a dix ans. Les antennes étaient faites avec des boîtes de conserves." Depuis ces temps héroïques, Sascha Meinrath a fait du chemin. Dans sa version actuelle, Commotion est un projet très officiel. Il est hébergé et financé par l'Open Technology Initiative (OTI), département high-tech de la New America Foundation, organisme prestigieux consacré à l'étude des grands problèmes de la société américaine, et présidé par Eric Schmidt, l'un des patrons de Google.
Grâce à cette tutelle, Sascha Meinrath dispose d'un budget annuel de 2,3 millions de dollars (1,6 million d'euros), auxquels est venue s'ajouter une subvention exceptionnelle de 2 millions, octroyée par le département d’État. En effet, les diplomates américains s'intéressent de près à la technologie des réseaux sans fil autonomes, légers et faciles à installer. Ils espèrent les déployer bientôt sur le terrain dans diverses situations d'urgence : dans des zones dévastées par une guerre ou une catastrophe naturelle ; dans les régions les plus déshéritées de la planète, où les populations sont privées de moyens de communication modernes ; et, enfin, comme "outil de contournement" dans des pays dictatoriaux, pour aider les dissidents politiques à communiquer entre eux et avec le reste du monde, en déjouant la surveillance policière et la censure. "Fin 2010, se souvient Sascha Meinrath, j'ai appris un peu par hasard que le département d’État avait décidé d'aider ce type de recherches. Nous avons déposé un dossier, en concurrence avec d'autres organisations, et nous avons été choisis. Les autres projets s'appuyaient en partie sur les infrastructures existantes, alors que Commotion les court-circuite entièrement."
"LE SEUL OUTIL À APPORTER SUR LE TERRAIN, C'EST UNE CLÉ USB" 
La subvention fédérale n'a pas suffi à transformer l'équipe de Commotion en fonctionnaires. Josh King, 28 ans, le responsable technique, a gardé son look très rebelle – vêtu de noir de la tête aux pieds, avec chaîne, piercing et cheveux en bataille... Son bureau est encombré d'appareils de toutes sortes, sur lesquels il fait des tests approfondis, car Commotion doit pouvoir fonctionner avec un assemblage hétéroclite. Ses logiciels transforment un routeur Wi-Fi ordinaire, un simple PC ou un smartphone en relais intelligents, capables de connaître en temps réel la configuration du réseau, et de trier les données pour les envoyer vers leurs destinataires, ou vers un autre relais, plus proche du but. Par ailleurs, Commotion peut être facilement raccordé au reste du monde : il suffit qu'un seul des appareils soit connecté à Internet pour que tous les autres profitent de l'accès. "En fait, résume Josh King, le seul outil indispensable à apporter sur le terrain, c'est une clé USB contenant les logiciels, qui doivent être installés sur chacun des appareils appelés à faire partie du réseau." Depuis le printemps 2011, OTI propose des éléments de Commotion en téléchargement libre sur Internet. Une version de travail complète sera disponible en septembre, afin que des experts de tous les pays puissent l'étudier et faire des suggestions. Sascha Meinrath ne sait pas exactement qui télécharge quoi, car il ne garde aucune trace des internautes venant sur le site : "Si nous conservions une liste de nos visiteurs, nos serveurs pourraient être piratés par différents gouvernements – y compris le nôtre."
Récemment, OTI a reçu des messages de militants du "printemps arabe", vivant en Égypte, en Syrie, en Libye, à Bahreïn et au Yémen : "Ils veulent se procurer Commotion, mais nous essayons de les dissuader. C'est trop tôt, il n'est pas sécurisé, ce serait risqué de s'en servir contre un régime répressif. Cela dit, si ça se trouve, des groupes clandestins utilisent déjà des versions provisoires, sans nous le dire. Certains interlocuteurs sont peut-être des agents au service des dictatures, mais peu importe, nous montrons la même chose à tout le monde."
Sascha Meinrath se donne jusqu'à fin 2012 pour produire une version utilisable par le grand public. Pour aller plus vite, OTI s'approprie des systèmes mis au point par d'autres équipes. Pour la sécurisation, Commotion va intégrer les programmes du projet TOR (The Onion Router), inventé par une bande d'hackers allemands et américains pour circuler sur Internet en évitant d'être repéré. TOR a notamment été utilisé pour protéger les communications du site WikiLeaks –qui a divulgué en 2010 des masses de documents secrets appartenant au gouvernement des États-Unis. L'un des créateurs de TOR, l'Américain Jacob Appelbaum, fut un temps très proche de l'équipe de WikiLeaks. A deux reprises, en 2010, il a été arrêté par la police américaine, qui l'a interrogé sur ses activités au sein de WikiLeaks et a saisi ses téléphones et ses ordinateurs. Or, Jacob Appelbaum est aussi un ami personnel de Sascha Meinrath, qui fait appel à lui comme conseiller pour la mise au point de Commotion.
Pour expliquer cette situation paradoxale, Sascha Meinrath évoque la "schizophrénie" du gouvernement fédéral : "Parmi les responsables de Washington, il y a encore des gens formés pendant la guerre froide, qui rêvent de tout bloquer et de tout surveiller, mais il y a aussi des jeunes arrivés avec Obama, qui sont partisans de la transparence et de la liberté d'expression. En privé, de nombreux fonctionnaires du département d'Etat étaient en colère de voir leur hiérarchie critiquer WikiLeaks aussi violemment. Selon eux, l'affaire aurait pu être l'occasion de montrer au monde que les États-Unis savent défendre la liberté d'expression et la transparence, en toutes circonstances."
A présent, Jacob Appelbaum participe à un vaste projet baptisé Freedom Box – un ordinateur basique et bon marché transformé en serveur crypté et sécurisé pour le grand public. Sascha Meinrath envisage d'intégrer Freedom Box au réseau Commotion, notamment pour bénéficier d'une fonction dite de "connexion différée" : "Par exemple, lors d'une manifestation réprimée par la police, un manifestant prend une photo avec un smartphone connecté à Commotion. Internet a été coupé ce jour-là dans le quartier par les autorités, la photo ne peut pas sortir du pays, mais grâce à Commotion, elle est stockée à l'abri, sur une freedoom box locale. Puis, dès qu'Internet est rétabli, la box envoie automatiquement la photo dans le monde entier."
LES ENTREPRISES DE TÉLÉCOMS, ENNEMIS POTENTIELS
OTI songe à intégrer d'autres appareils expérimentaux, qui permettront aux utilisateurs de partager des masses de fichiers lourds, de faire transiter sur Commotion des appels téléphoniques passés avec des mobiles ordinaires, de transmettre des données dans toutes les gammes de fréquences, et même d'interconnecter plusieurs réseaux voisins : "En juillet, raconte Sascha Meinrath, une équipe d'hackers en camionnette a monté un réseau éphémère, couvrant une zone de 60 km sur 30, à cheval sur l'Autriche, la Croatie et la Slovénie. C'est la preuve qu'on peut fournir une connexion Internet à toute une zone frontalière, sans être physiquement présent dans le pays." Commotion n'est pas prêt pour un déploiement dans les zones à risque, mais il peut déjà être testé aux États-Unis – par exemple, dans les quartiers pauvres des grandes villes, dont les habitants ne peuvent pas se payer d'abonnement Internet classique. A Washington, à Detroit, et dans une réserve indienne californienne, l'OTI est entré en contact avec des associations de quartiers et des groupes militants qui avaient entrepris de créer des réseaux sans fil sauvages, pour offrir aux habitants des accès Internet gratuits. Grâce à son expertise et à son carnet d'adresses, l'équipe d'OTI a fourni à ces amateurs une aide technique et financière décisive.
Cette fois, les ennemis potentiels sont les entreprises de télécoms, qui pourraient faire pression sur les autorités, pour qu'elles tuent ces initiatives citoyennes à coups de lois et de restrictions bureaucratiques. Sascha Meinrath est conscient de la menace : "Notre technologie va bousculer pas mal de choses, y compris aux Etats-Unis. Si les gens se mettent à construire leurs propres réseaux, le business model des groupes de télécoms va s'effondrer. Il faut s'attendre à ce qu'ils contre-attaquent brutalement." Commotion devra aussi affronter l'hostilité des majors d'Hollywood, car il peut faciliter le piratage des œuvres sous copyright. Sascha Meinrath est à la fois fataliste et optimiste : "Que ce soit aux Etats-Unis, au Moyen-Orient ou ailleurs, qui va mettre en place ces réseaux alternatifs ? Pas des vieux, on le sait. Ce sont les ados qui vont s'en emparer. Ils s'en serviront pour contester l'ordre établi et aussi pour partager leur musique et leurs films. Ce sera peut-être négatif pour les détenteurs de droits, mais le bilan global sera très positif."

Égypte : Début du procès de Wael Aly au Caire مصر: بداية محاكمة وائل علي في القاهرة

Le procès de Wael Aly (Abouleil) commence ce dimanche 25 septembre 2011, devant la Cour criminelle de Tagamou El Khames, au Caire. Après une audience de procédure, à laquelle assistaient 40 avocats pour la défense, le procès a été reporté au 24 octobre, où on jugera sur le fond. Wael Aly, adopté comme membre honoraire par Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, est un activiste pacifique de la place Tahrir, accusé à tord d'être le leader d'un groupe contre-révolutionnaire ayant poussé la population à la révolte contre l'armée les 8 et 9 avril 2011, et provoqué la mort de deux civils.
L'accusation n'avait pas tenu devant le tribunal militaire, et Wael Abouleil avait été relaxé le 11 mai dernier. Son coaccusé, Tarek Soliman avait été relâché deux jours plus tard mais Wael a été maintenu en prison et poursuivi dans le cadre d'une procédure civile... Pour le même dossier ! Il risque une condamnation de 7 à 25 ans de prison.
Rappel des faits
Depuis le 13 avril dernier en effet, Wael Aly, l'un des principaux organisateurs de la seconde occupation de la place Tahrir, est emprisonné suite à un communiqué du Conseil Suprême des Forces Armées, le 9 avril 2011, publié le matin même qui a suivi l'évacuation brutale de la place Tahrir par l'armée. La veille, le vendredi 8 avril 2011 devait être la journée de consécration de la Confrérie des Frères Musulmans et marquer la fin des manifestations place Tahrir. 1 million de personnes avaient répondu présents à leur appel -ainsi qu'à ceux des Occupants de la Midan Tahrir , de différents groupes et personnalités politiques- pour cette journée de mobilisation. Principaux objectifs de ce rassemblement monstre : le jugement du président Moubarak et des hommes corrompus de son régime. Sans oublier la justice pour les victimes de la répression et les familles des « martyrs de la révolution du 25 janvier ».
Mais un événement inattendu a volé la vedette aux multiples orateurs de cette journée particulière. Surgis comme du néant durant l'après-midi, juste après l'intervention de Safouat Higazi, le célèbre prêcheur des Frères Musulmans, un groupe de sept officiers et soldats de l'armée égyptienne en tenue militaire (vingt-sept en fin de journée, et plus d'une centaine en civil venus de Suez) ont été hissés sur la tribune principale, déchaînant l'ovation générale d'une foule euphorique. Après avoir été portés par un tourbillon de manifestants pour intervenir sur toutes les tribunes de la place Tahrir, les « Officiers libres » ont fini la soirée sur le terre-plein central, entourés par une foule en liesse qui n'a pas réalisé la gravité de la situation.
Ce qui devait donc logiquement arriver arriva ! Dans la nuit du samedi 9 avril, peu après 3h du matin, la police militaire et des commandos sont intervenus pour évacuer la place Tahrir, provocant des scènes de violence urbaine d'une rare intensité : tirs de sommation nourris, voitures incendiées, jets de pierres contre les militaires, et même un « gradé » agressé par la foule en colère. Bilan officiel : deux officiers et deux civils tués. Les films vidéos diffusées sur Youtube sont sans équivoque : l'armée a tiré sur la foule et réprimé violemment les contestataires pour arriver à ses fins.

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dimanche 25 septembre 2011

Tunisie : contre la dictature de la dette تونس: لإسقاط دكتاتوريّة المديونيّة

Photos de la manif du 25/9 à Tunis













مسيرة شعبيّة لإسقاط دكتاتوريّة المديونيّة
Lieu : ساحة 14 جانقي- شارع الحبيب بورقيبة
Date/heure : dimanche 25 septembre 2011 11:00

Venez nombreux pour protester et exiger la suspension du remboursement de la dette tunisienne qui étrangle le peuple! Nous devons absolument faire entendre nos voix avant le paiement de la 2ème tranche du service de la dette 2011, prévue courant septembre.

Rendez-vous le dimanche 25 septembre à partir de 11h00 sur la place du 14 janvier, Avenue Bourguiba, pour le départ !
Parce qu’il n’y aucune raison pour que nous, nos enfants et les générations futures payent les factures des Ben Ali, des Trabelsi, et de leur clan aux prêteurs étrangers qui se sont aventuré à signer des chèques au régime dictatorial de Ben Ali. Le 24 septembre, nous invitons tous les blogueurs à s’exprimer sans restriction aucune de ligne éditoriale contre la dette inique tunisienne.       

Vous n’avez pas de blog ? Votre profil facebook  de micro-blogging twitter seront votre blog, alors n’hésitez pas à écrire des notes, twitter des liens d’articles et de documents pour promouvoir l'action contre la dictature de la dette.

Cette action pour objectifs de :   
  • Sensibiliser nos concitoyens et les fédérer autour de cette cause
  • Soutenir la manifestation du 25 sep. « Contre la dictature de la dette » organisée par l'association RAID
  • Manifester notre engagement contre toutes les formes de dictatures qui menacent le processus démocratique tunisien.         

samedi 24 septembre 2011

Les leçons de l’Argentine pour la Grèce Lecciones de Argentina para Grecia Διδάγματα από την Αργεντινή για την Ελλάδα



ESPAÑOL Ya son incontables las comparaciones del antecedente argentino con el desmoronamiento de Grecia. Los analistas intentan discernir si las medidas adoptadas por el primer país aliviarían o agravarían la situación del segundo. Esta evaluación se extiende habitualmente a otras naciones de la periferia europea, como Portugal e Irlanda. En los movimientos sociales predomina otra preocupación: ¿qué enseñanzas brinda la experiencia sudamericana para la batalla contra el ajuste? 

Français On ne compte déjà plus les comparaisons de l’exemple argentin avec l’effondrement grec. Les analystes tentent d’évaluer si les mesures adoptées par le premier pays amélioreraient ou au contraire aggraveraient la situation du second. Cette évaluation s’étend généralement à d’autres pays de la périphérie européenne comme le Portugal et l’Irlande. Les mouvements sociaux ont, eux, une autre préoccupation : quel enseignement l’expérience latino-américaine peut-elle apporter dans la bataille contre l’ajustement ?


Ελληνικά
Η φωτιά που άναψαν οι Έλληνες εξαπλώνεται σε όλη την Ευρώπη και θα καθορίσει ποιος θα πληρώσει τις συνέπειες της κρίσης. Τις εξελίξεις αυτές τις παρακολουθούμε με ιδιαίτερο ενδιαφέρον στη Λατινική Αμερική. Πολύ λίγα νέα αναμένονται με τόσες ελπίδες όσο μια νίκη των λαϊκών δυνάμεων στην Ευρώπη.
Οι συγκρίσεις του παραδείγματος της Αργεντινής με την κατάρρευση της Ελλάδας είναι αναρίθμητες. Οι αναλυτές προσπαθούν να διακρίνουν κατά πόσον τα μέτρα που έλαβε η μία χώρα ανακουφίζουν ή επιδεινώνουν την κατάσταση της άλλης . Η αξιολόγηση αυτή επεκτείνεται συνήθως και σε άλλες χώρες στην περιφέρεια της Ευρώπης, όπως η Πορτογαλία και η Ιρλανδία. Στα κοινωνικά κινήματα όμως κυριαρχεί μια άλλη ανησυχία: Ποια διδάγματα προσφέρονται από την εμπειρία της Νότιας Αμερικής στη μάχη κατά της προσαρμογής.
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vendredi 23 septembre 2011

Le discours d'Obama à l'ONU : Tragédie US-américaine


Le correspondant à Washington  de Ynet, Yitzhak Ben - Horin, a produit la nuit dernière une lecture claire et succincte du discours récent d’Obama devant l’ Assemblée générale des Nations unies:
"Un Likoudnik  à la Maison Blanche."
"Netanyahou n’aurait pas dit mieux ."
«Obama, à ce stade, est sur la même ligne que  le Likoud."
"Obama est un président pro-Israélien ... Depuis janvier 2009, il a fourni à Israël tout ce dont celui-ci avait  besoin à la fois en termes de diplomatie et de sécurité"
Obama n’a pas trop la cote dans les sondages. Il a clairement besoin du lobby juif à ses côtés. Hier le président US a «assuré» et le lobby n'a pas tardé à réagir : "Israël n'a pas de meilleur ami dans le monde d'aujourd'hui", a écrit le président du Conseil national des Démocrates juifs, David Harris.
 
Selon Ynet, quelques heures avant son adresse à l’AG de  l'ONU, Obama a cherché à s'assurer que les futurs électeurs juifs accorderaient une grande attention à son discours.
" Trois conseillers d’Obama ont tenu une conférence téléphonique avec les supporters juifs d’Obama et les leaders communautaires. Les conseillers, tous juifs eux-mêmes,  ont demandé aux supporters de «passer le mot» que Barack Obama prononcerait un discours pro-israélien reflétant ses propres véritables positions et les ont suppliés de faire très attention à l'adresse du président à  l'ONU. "
Les trois conseillers juifs ont “ souligné que les républicains ont intentionnellement faussé les déclarations d'Obama afin de le dépeindre comme un président anti-israélien, alors qu'en fait, leurs arguments sont sans fondement.”
 
Si quelqu'un a été assez stupide pour croire que l'Amérique pourrait jamais être un médiateur de paix au Moyen-Orient, la vérité est maintenant incontournable. Le monde politique US est clairement pris en otage par un lobby étranger qui représente des intérêts étrangers. L'Amérique ne peut pas se sauver. Ce qui se passes sous nos yeux est en fait une tragédie.
 
La tragédie grecque montre généralement la chute d'un noble héros, le plus souvent par une combinaison de l'hybris, du destin et de la volonté des dieux. La tragédie US-américaine contient les mêmes éléments. L'Amérique s’est considérée comme un «héros noble» depuis sa création, «l'hybris» est également loin d'être étrangère à la culture US. Le destin de l’Amériques destin a été gravé dans le marbre depuis belle lurette Et les dieux, devinez qui sont les dieux ?
 
 Je pense qu'Obama et son parti savaient très bien qui ils tentaient d'apaiser la nuit dernière. Ils savent très bien qui sont leurs dieux, parce qu'ils vont sans vergogne se mêler à eux au moins une fois par an au rassemblement annuel de l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee].
 
Toutefois, Obama et ses “conseillers”  se trompent peut-être. Leurs “dieux“ ne sont pas du tout idiots, ils saisissent très bien ce qu'Obama a en tête.  Ben Horin écrivait hier soir qu’ils comprennent ce que ‘second terme’ signifie en termes de politique israélienne. Ils se souviennent, par exemple, que pendant la campagne électorale de 2000, George Bush avait promis de déménager l'ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem, mais qu'une fois réélu, il avait été l'homme qui a poussé Sharon à se retirer de la Bande de Gaza. Ils se souviennent que le même George Bush était aussi le président qui a pris parti pour Abou Mazen, et a déclaré que les négociations avec les Palestiniens devraient être fondées sur la ligne d'armistice de 1949.
 
Si Obama pense que les «dieux» sont maintenant à ses côtés, il se met le doigt dans l’œil.
 
Obama a fait une grave erreur personnelle hier. Mais ce sont les US-Américains, les Israéliens et les Palestiniens qui vont en payer le prix.
 
 Ce que nous voyons ici est une tragédie classique, car l'US-Amérique ne possède pas le pouvoir politique de se sauver d’elle-même.
 
La seule question que vous pourriez vous poser à ce stade est combien de temps il faudra à l’US-Amérique pour s'émanciper de ses “dieux”.


jeudi 22 septembre 2011

Obama, l'État palestinien et la schizophrénie sioniste

par Gilad Atzmon, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Ceux qui suivent la presse hébraïque et comprennent  l'État juif peuvent être quelque peu intrigués de découvrir que, alors que la presse en hébreu n’accorde que peu d'attention, lui donnant une place insignifiante, à la campagne actuelle des dirigeants actuels palestiniens en faveur de la reconnaissance de leur  État, les médias israéliens de langue anglaise sont saturés d’informations sur la perspective d'une résolution pro-palestinienne à l'ONU la semaine prochaine.
 
Si vous voulez comprendre ce décalage évident entre la presse juive en hébreu et en anglais prises, il reflète clairement une scission dans la psyché collective juive.
 
Je suppose que certains peuvent être surpris d'apprendre qu’ Israël et les Israéliens veulent réellement que l'initiative palestinienne aille de l'avant et soit couronnée de succès. Ils veulent un État palestinien, car c'est la seule solution qui permettrait de sauver “l'État  des seuls Juifs” d'un effondrement démographique.
 
De récents sondages en Israël prouvent que la majorité des Israéliens sont très excités au sujet de la «solution à deux États». Non seulement les Israéliens ne se sentent  pas menacée par l'idée d'un  État palestinien, mais ils l’aiment réellement, car cela permettrait d’installer leur réalité dans le cadre du droit international. Il faut aussi se rappeler que le parti Kadima, qui a remporté les deux dernières élections en Israël, a été et est encore attaché au «désengagement», une séparation claire entre les «Juifs» et les Palestiniens par le biais d’un retrait  unilatéral israélien. En d'autres termes, un  État palestinien atteint exactement le même  objectif :  il exonère les Israéliens de toute responsabilité quant aux territoires qu’ils ont autrefois occupés  et détruits. Il est évident que certains éléments en Israël s'opposent à l'initiative palestinienne à  l'ONU: Je suppose que le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman n'est pas trop heureux à ce sujet. Les colons de Cisjordanie peuvent également être très en colère, mais pour quelque raison, même eux sont relativement calmes ces jours-ci.
 
Et pourtant, le lobby juif dans le monde entier s'oppose totalement à l'initiative palestinienne à l'ONU: il s’en tient clairement à l’ image très simpliste d'un État juif expansionniste du «fleuve [le Jourdain, NdT] à la mer». Et à ce qu’ il semble, il ne va pas renoncer à son rêve de sitôt.
 
Ce que nous voyons ici en pratique, c’est une crise d'identité claire ou même un clivage schizophrénique entre les aspirations des sionistes israéliens et de  ceux de diaspora. Alors que les Israéliens sont en train de revenir à la vieille attitude du ghetto juif, préférant se serrer, rester ensemble et s'entourer de vastes et impénétrables murailles de béton, le discours de la diaspora juive sioniste récit est axé sur la confrontation, belliqueux, va-t-en guerre militant et expansionniste. Ils veulent  le tout, avec ou sans les Palestiniens.
 
Une fois encore, nous remarquons qu’Israël et le sionisme ont évolué en deux discours séparés et opposés. Alors qu'Israël cherche à maintenir son identité racialement orientée par une politique de ségrégation, le discours sioniste en diaspora continue d’insister sur une résolution de la question juive par les moyens d'un conflit sans fin.
 
Mais jetons un regard sur  l'Amérique; essayons de comprendre comment  l’ “unique superpuissance” mondiale traite ce dispositif judéocentrique schizophrène.
 
Le président Obama et son administration sont évidemment très confus. D'une part, ils sont soumis à certaines pressions incessantes infligées par le lobby juif. Le Lobby ne laisse pas une grande marge de manœuvre à l'administration US. Mais d'autre part, aussi bien l'administration US que le gouvernement israélien se rendent compte que, en ce qui concerne Israël et sa “sécurité”, l'initiative palestinienne à  l'ONU n'est pas une si mauvaise idée. De fait, Israël ne peut pas rêver mieux.
 
Il est clair maintenant que le président Obama ne va pas être sauvé par l'un des soi-disant "meilleurs amis de l'Amérique». Pour l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] et le Lobby, Obama est un instrument. À ce jour le lobby a l’habitude de considérer les politiciens US comme des marionnettes serviles. Israël, d'autre part, ne va pas sauver l'Amérique non plus. Il est trop suspicieux vis-à-vis de l'administration US actuelle. Israël en a même carrément  assez de l'actuelle administration US. Il serait heureux de voir Obama battu.
 
En conséquence, l'administration US se dirige tout droit vers une humiliation inévitable à l'ONU. Elle aura à opposer son veto  à une décision votée par de nombreux alliés des USA. Ceci est clairement un désastre pour Obama. Et pourtant, un seul homme peut sauver l'Amérique de son destin funeste. Cet homme n'est autre que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Seuls Abbas et l'Autorité palestinienne peuvent sauver la mise aux USA.
 
Mais le sens de tout cela est aussi très embarrassant. Cela signifie que le président palestinien Mahmoud Abbas (qui est une figure relativement faible dans la politique palestinienne tout comme dans la diplomatie internationale) est la seule personne qui peut sauver notre “unique superpuissance” mondiale d'un fiasco diplomatique.
 
Je n’arrive pas à décider si c'est drôle ou triste, mais laissez-moi vous dire que c’ est certainement volatile.
 
Le temps est sans aucun doute  venu pour les USA, la Grande-Bretagne et l’Occident de trouver la force de s'opposer au lobbying sioniste et au pouvoir de Jérusalem.

À l'Onu, ça sera l'enterrement de la "solution à deux Etats"

par  Ilan Pappé, 12/9/2011. Traduit par  Marcel Charbonnier
Original: Palestine: At the UN, the funeral of the two-state solution
Traductions disponibles : Português 
Nous allons tous être invités à l’enterrement de la solution à deux Etats si et lorsque l’Assemblée générale de l’Onu annoncera l’admission de la Palestine comme Etat membre.
Le soutien de l’immense majorité des membres de cette organisation ne ferait que compléter un cycle initié en 1967 qui a valu à la calamiteuse « solution à deux États » le soutien de tous les acteurs, puissants comme moins puissants, des arènes tant internationale que régionales.

La Palestine enterrera-t-elle une bonne fois pour toutes la « solution à deux Etats », à l’Onu ?
Photo
Mohamad Torokman/MaanImages
Même en Israël, ce soutien a fini par englober la droite, à l’instar de la gauche et du centre de l’éventail politique sioniste. Et pourtant, en dépit de ce soutien passé et à venir, tout le monde (en Palestine comme en dehors de la Palestine) semble reconnaître que l’occupation se poursuivra et que, même dans le meilleur des scénarios possibles, il y aura un grand Israël raciste à côté d’un bantoustan morcelé et inutile.
L’incertitude prendra fin en septembre ou en octobre, quand l’Autorité Palestinienne soumettra, comme elle prévoit de le faire, sa demande d’admission en qualité de membre à part entière de l’Onu et, cela, de deux manières.
Soit cela douloureux et violent, si Israël continue à jouir de l’impunité internationale et s’il continue à être autorisé à parachever par la pure force brutale son remodelage de la Palestine post-Oslo, soit cela se terminera d’une manière révolutionnaire et beaucoup plus pacifique par le remplacement des vieilles usines à gaz par de nouvelles réalités solides concernant la paix et la réconciliation en Palestine. Mais le premier scénario est peut-être une condition préalable malheureuse du second ? L’avenir nous le dira.
Un dictionnaire alternatif pour le sionisme
Autrefois, on enterrait les morts avec des (voire avec les) objets qu’ils aimaient. Les funérailles annoncées observeront probablement ce rituel. La chose la plus importante destinée à être mise en terre, ce sera le dictionnaire des illusions et des tromperies avec ses célèbres rubriques comme les soi-disant « processus de paix », « seule démocratie au Moyen-Orient », « pays amoureux de la paix », « parité et réciprocité » et autre « solution humaine au problème des réfugiés ».
Le dictionnaire de remplacement est en cours de rédaction depuis bien des années, il décrit le sionisme comme du colonialisme, Israël comme un pays d’apartheid et la Nakba comme une opération d’épuration ethnique. Il sera bien plus facile de faire en sorte que tout le monde s’en serve, après le mois de septembre.
Les cartes de la « solution » mort-née seront elles aussi pieusement déposées auprès du corps de la « solution à deux Etats » arrachée à notre affection (J). La cartographie qui a réduit la Palestine à un dixième de sa superficie historique et qui nous avait été présentée comme une carte pour la paix sera, espérons-le, oubliée à jamais.
Inutile de préparer une carte de remplacement : depuis 1967, la géographie du conflit n’a jamais changé, en réalité, tandis qu’elle ne cessait de se transformer en paroles verbales dans le discours des politiciens, des journalistes et des universitaires sionistes (qui continuent à jouir encore aujourd’hui d’un très large soutien international).
La Palestine a toujours été ce pays qui s’étend entre le Jourdain et la Méditerranée. C’est toujours le cas. Ses fortunes fluctuantes au cours du XIXème siècle expliquent qu’aujourd’hui une moitié de la population contrôle l’autre moitié au travers d’une matrice d’idéologies racistes et de politique d’apartheid.
La paix, ça n’est ni changement dans la démographie ni un remodelage de cartes ; c’est l’élimination de ces idéologies et de cette politique. Qui sait ? Cela sera peut-être plus facile à réaliser que cela n’avait encore jamais été le cas par le passé ?
La mise à nu du mouvement de protestation en Israël
L’enterrement mettra à nu le caractère fallacieux du mouvement actuel de protestation populaire en Israël, tout en soulignant ses potentialités positives. Depuis sept semaines, des juifs israéliens appartenant pour la plupart aux classes moyennes manifestent en masse contre la politique économique et sociale de leur gouvernement. Afin de conserver à ces manifestations de protestation toute leur ampleur, leurs leaders et leurs coordonnateurs n’osent faire mention de l’occupation, de la colonisation ou de l’apartheid. La source de tous les maux, clament-ils, serait la politique capitaliste brutale du gouvernement israélien.
Sur un certain plan, ils n’ont pas tort. Ces politiques ont fini par empêcher la race des seigneurs d’Israël de jouir pleinement et également des fruits de la colonisation et de la confiscation de la Palestine. Mais un partage plus équitable du butin ne garantirait en rien une vie normale ni pour les juifs ni pour les Palestiniens : seule la fin de la mise à sac et du pillage sera en mesure de le faire.
Toutefois, ces manifestants ont aussi montré leur scepticisme et leur incrédulité face à ce que leurs disent leurs médias et leurs hommes politiques au sujet de la réalité socio-économique. Cela pourrait ouvrir la voie vers une meilleure compréhension des mensonges dont ils ont été gavés depuis tant d’années au sujet du « conflit » et de leur « sécurité nationale ».
L’enterrement devrait nous redonner de l’énergie pour conserver la même répartition des tâches qu’auparavant : les Palestiniens doivent résoudre de toute urgence la question de leur représentation et les forces juives progressistes, dans le monde entier, doivent être recrutées plus intensivement pour la campagne BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) et pour les autres campagnes de solidarité avec les Palestiniens.

L’Intifada s’invite aux Proms *
Récemment, l’interruption du concert donné par l’Israel Philharmonic Orchestra dans le cadre des prestigieux Proms de la BBC à Londres a choqué les gentils Israéliens bien plus que n’importe lequel des génocides dont leur propre histoire n’est pas avare.
Mais ce qui les a le plus estomaqués, comme en ont fait état les grands ténors du journalisme israélien qui étaient présents, c’est la présence de très nombreux juifs parmi les protestataires interrupteurs. Oui, vous avez bien lu : ces mêmes journalistes qui ne cessaient par le passé de qualifier les militants de la campagne de solidarité avec la Palestine et les militants de la campagne BDS de groupes terroristes et extrémistes de la pire espèce. Ce qui est terrible, c’est qu’ils croyaient ce qu’ils écrivaient ; alors mettons au crédit de la mini-Intifada du Royal Albert Hall le fait qu’elle les a au moins amenés à se poser des questions…
Faire entrer la solution à un seul Etat dans l’action politique
En Palestine-même, le temps est venu de faire entrer le discours sur l’Etat unique dans l’action politique, et sans doute, aussi, d’adopter le nouveau dico. La dépossession est partout, par conséquent, la repossession et la réconciliation devront se produire partout aussi.
Si la relation entre les juifs et les Palestiniens doit être reformulée sur une base juste et démocratique, personne ne peut accepter ni la vieille carte inhumée de la (soi-disant) « solution à deux Etats » ni sa logique de partition. Cela signifie aussi que la distinction sacrée qui était faite entre les colonies juives autour de Haïfa et les colonies juives autour de Naplouse doit être enterrée elle aussi.
La distinction à opérer doit être faite entre les juifs disposés à débattre d’une reformulation de cette relation, d’un changement de régime et d’un statut égalitaire et ceux qui ne sont pas disposés à le faire, sans aucune considération pour l’endroit où ils vivent actuellement. Un phénomène surprenant à signaler, à cet égard : si l’on étudie bien le tissu humain et politique de la Palestine historique en 2011, gouvernée comme elle l’est par le régime israélien, l’on constate une volonté de dialogue qui est parfois plus évidente au-delà de la frontière de 1967 qu’en-deçà.
Le dialogue, de l’intérieur, pour un changement de régime, la question de la représentation (des Palestiniens, ndt) et le mouvement BDS font tous partie intégrante d’un même effort visant à amener la justice et la paix en Palestine.
Ce que nous enterrerons – croisons les doigts – au mois de septembre était un des obstacles majeurs sur la voie de la réalisation de cette vision (politique).
* il s’agit des « concerts-promenades » créés par le chef d’orchestre Henry Wood et organisés, à Londres, par la BBC.

mardi 20 septembre 2011

La Libye, le chaos et nous

par Santiago Alba Rico, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice
La dernière semaine d'août, après l'entrée des rebelles à Tripoli, un cri de soulagement et de joie a éclaté dans le monde arabe. Au Yémen et en  Syrie les manifestations populaire contre les dictatures d'Ali Saleh et Bachar Al Assad se sont multipliées et intensifiées à la lumière de cette victoire que tous les peuples de la région vivaient comme la  leur. En Tunisie,  les 22 et 23 août, des réfugiés libyens et des citoyens  tunisiens ont  célébré la chute de Kadhafi  dans les rues de la capitale, mais aussi à Sfax, Gabès et Djerba. Même les partis de gauche se sont joints à la célébration. Ainsi, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie, d’ Hamma Hammami, un des opposants les plus persécutés par le régime de Ben Ali, a diffusé le 24 août une déclaration félicitant "le peuple frère de Libye pour sa victoire sur le régime despotique et corrompu de Kadhafi, en espérant que désormais le peuple libyen pourra décider de son propre destin, récupérer ses libertés et ses droits et construire un système politique fondé sur la souveraineté qui lui permet te de reconstruire son pays, de mobiliser ses richesses  au profit de tous les citoyens et d'établir des profondes relations fraternelles avec les peuples voisins. " Au cours des six derniers mois, dans toutes les capitales arabes où les gens protestaient contre les dictateurs locaux, souvent au péril de leur vie, on a organisé des manifestations de solidarité avec le peuple libyen ; que cela nous plaise ou non, alors qu’il s’agit de l'une des régions les plus anti-impérialistes du monde, il n'y a eu aucune protestation contre l'intervention de l'OTAN.

Ces derniers mois, j'ai parfois eu l'impression que tandis que la droite colonise et bombarde le monde arabe, la gauche (une partie de la gauche européenne et latino-américaine) lui explique quand, comment et de qui il doit se libérer. Je ne vais pas entrer dans la polémique très vive  qui a fracturé le camp anti-impérialiste ;  je veux juste remarquer que le seul endroit où cette polémique n’a pas eu lieu  a été curieusement celui où les événements sont survenus. Alors que la gauche occidentale échangeait des gnons à propos de d'intervention de l'OTAN, les peuples arabes, accompagnés par une gauche régionale que  ni l'Europe ou l'Amérique latine n’ont écoutée, se sont consacrés à lutter contre les dictatures avec des moyens et dans des conditions qu’aucune analyse marxiste n’aurait prévu ni même souhaité. Le fait est que les puissances occidentales ne s’étaient  pas non plus attendues à ce qui s’est passé ni ne l’avaient souhaité  et le résultat de leur improvisation bâclée, aussi hypocrite que diligente, est encore une inconnue.

Une des erreurs dans l'analyse schématique d'un secteur de la gauche occidentale (aussi occidentale en cela que le sont les bombes de l’Alliance atlantique) a consisté à attirer l'attention sur les intérêts euro-usaméricains en Libye, comme si ces intérêts n’avaient pas été assurés sous Kadhafi et comme si, de toute manière, une intervention était la conséquence nécessaire d’une énumération d’intérêts. On n’intervient pas où et quand on veut, mais où et quand on peut. Les intérêts motivent sans doute une intervention militaire, mais ne la rendent pas forcément possible. Dans le cas de la Libye, à mon avis, ce sont deux facteurs qui l’ont rendue possible.

La première est qu'il s’agissait, comme l'ont immédiatement  reconnu les peuples et les gauches  arabes, d’une cause juste. La révolte populaire qui a commencé à Benghazi et a avorté dans le quartier de Fachloum  à Tripoli le 17 Février, était le prolongement, avec une égale légitimité et spontanéité, des révolutions en Tunisie et en Égypte. Jean-Paul Sartre a écrit en 1972 que " le pouvoir utilise la vérité quand il n’y a  pas de meilleur mensonge." Dans ce cas, aucun mensonge n’était mieux que la vérité elle-même:  le "tyran monstrueux" était un monstrueux tyran et les "rebelles libyens" étaient réellement des rebelles libyens. L’Occident utilisant la vérité pour sa propagande, la gauche schématique - très loin ou avec peu de connaissance de la région -, est tombée  dans le piège et s’est mise à répéter candidement face à celle-ci, un tas de mensonges et de demi-vérités, offrant à ceux qui bombardaient une cause juste et assumant l’ignominie  de défendre une injustice.

Le deuxième facteur a trait à l'isolement du régime Kadhafi. Mis à part le Nicaragua et le Venezuela, très éloignés de la scène, les seuls amis qu’avait Kadhafi dans le monde étaient quelques dictateurs africains et quelques impérialistes occidentaux. Une fois qu’il eut été abandonnée par ces derniers, aucun État  ayant un poids géostratégique - ni la Ligue arabe, ni la Chine ni la Russie – n’allait opposer de résistance à l'intervention de l'OTAN. Contrairement à ce qui se passe pour la Syrie, un nœud d’équilibres très sensibles dans lequel Bachar Al Assad vend la «stabilité» tous azimuts tout en tuant impunément des milliers de révolutionnaires, Kadhafi et son régime ne représentaient rien dans la région. Au contraire, tous les intérêts, y compris politiques, le rendaient vulnérable: plus que le pétrole, il faut compter parmi les facteurs déclencheurs de l’ intervention de l'OTAN les pressions de l'Arabie Saoudite sur les USA, très réticents à une intervention, et l' occasion pour la France de retrouver du prestige dans son  " arrière-cour " naturelle, l'Afrique du Nord, après la claque prise en Tunisie et en Egypte, où le soutien à Ben Ali et Moubarak (avec le scandale des vacances payées de ses ministres) avait mis Sarkozy complètement hors jeu.

L'autre erreur commises par certains secteurs de la gauche a à voir précisément avec leur schématisme ou plutôt, leur monisme. Les peuples et les  gauches arabes, risquant leur vie sur le terrain, ont compris d’emblée l'impossibilité d'échapper à l'inconfort d'analyse s’ils voulaient renverser leurs dictateurs. Ils ont su qu’il fallait affirmer de nombreux faits en même temps, dont certains contradictoires entre eux.  Dans le cas de la Libye, ces cinq ou six faits sont les suivants: Kadhafi est un dictateur, la révolte libyenne  est populaire,  légitime et spontanée ; elle  est immédiatement infiltrée par des opportunistes, des libéraux pro-occidentaux et des islamistes ;  l'intervention de l’OTAN n’a jamais eu d’objectif humanitaire, l'intervention de l'OTAN a sauvé des vies ; l'intervention de l'OTAN a provoqué  la mort de civils ; l'intervention de l'OTAN menace de transformer la Libye en un protectorat occidental. Que faisons-nous de tout  ça? Nous pouvons laisser de côté la realpolitik pour  aller au réalisme et  tenter d'analyser les nouveaux rapports de forces dans le contexte d'un monde arabe en plein  processus de transformation. Ou bien nous pouvons affirmer Un Seul Fait – monisme - et soumettre tous les autres à la cravache négationniste.  Ainsi, si nous parlons seulement de l'intervention de l'OTAN, avec ses crimes et ses menaces, nous sommes immédiatement contraints par une logique symétrique qui nous éloigne toujours plus de la réalité, de nier le caractère dictatorial de Kadhafi et d’affirmer, au contraire, son potentiel émancipateur et anti-impérialiste ; à nier le droit et la spontanéité de la révolte libyenne et affirmer, par ailleurs, sa dépendance mercenaire d'une conspiration occidentale. L'inconvénient de cet exercice de monisme est qu’il  laisse de côté précisément les données qui comptent le plus pour les peuples et les gauches arabes et devraient être le plus importantes pour les  anti-impérialistes du monde : l'injustice d'un tyran et la revendication de  justice du peuple libyen.
Le  monisme simplifie les choses là où elles sont très-très-compliquées. L’OTAN elle-même est consciente de cette complexité, comme en témoigne le fait que, comme l’a rappelé Gilbert Achcar,  elle a bombardé très peu la Libye, en vue de prolonger la guerre et d’essayer de gérer une défaite du régime sans vraiment rompre avec lui ; c’est-à-dire le contraire de ce que demandait  le peuple libyen. Le conflit entre l'OTAN et une partie des rebelles est manifeste, comme il l’est entre les rebelles et le groupe dirigeant  du CNT. Nous avons entendu ces derniers jours les dénonciations très agressives, visant à la fois les USA et l’ Angleterre, Mustafa Abdoul-Jalil et Jibril Mahmoud, et émanant d’ Abdelhakim Belhaj et Ismaïl  Salabi, les commandants rebelles liés à l'islamisme militant. Comme en Tunisie et en Égypte, les islamistes sont bien organisés et ont une  force, mais ce ne sont pas eux qui ont initié les révoltes. Il est très triste de voir tout d'un coup certains secteurs de la gauche rejoindre le chœur de la «guerre contre le terrorisme» et de la «menace d'Al Qaïda », alors que les révolutions arabes ont révélé que ce courant avait une influence très faible  sur la jeunesse arabe. Quelles que soient ou qu’aient été les relation entre Al Qaïda et le Groupe combattant islamique libyen, les déclarations publiques de ses dirigeants en faveur d’ un "État civil" et d’une "véritable démocratie",  très peu crédibles,  démontrent une grande connaissance du courant principal à l’œuvre  dans la région aujourd'hui. Les gens de gauche devront peut-être se faire à l’idée  que le monde arabe va inévitablement être gouverné par l'Islamisme dans les années à venir  - si on l’avait laissé gouverner il y a 20 ans, aujourd’hui il s’en serait libéré - mais la visite triomphale d’ Erdogan en Égypte, Tunisie et Libye indique que l'Islamisme ne sera  plus celui du djihad et des attentats-suicide,  comme on le voulait dans l'UE et aux USA, mais un «islamisme démocratique», dont les  limite, de toute manière, se révéleront aussi rapidement aux yeux d'un population excédentaire de jeunes de plus en plus intégrée dans les  réseaux d'information mondiaux.

Quoiqu’il en soit, la gauche, qui n’a ni armes ni argent,  devrait oser parler seulement après avoir imaginé ce qu’elle en aurait fait, si elle en avait eu – des armes et de l’argent.  Les aurait-elles donnés à Kadhafi ? Ou bien aux rebelles, anticipant ce qu’a fait l'OTAN? Ce que la gauche occidentale doit savoir, c’est qu’en soutenant  Kadhafi, elle ne soutient pas Chávez (contrepoint démocratique du tyran  libyen, malgré ses déclarations absurdes), mais Aznar et Berlusconi, et, pire encore, Ben Ali et Moubarak. La gauche arabe, très réaliste, sait ce qu’aurait signifié une victoire de Kadhafi pour le printemps arabe toujours en cours. N'oublions pas que Kadhafi a soutenu le dictateur tunisien après son départ, a menacé son peuple et a cherché à déstabiliser ses  nouvelles institutions pour remettre la famille Trabelsi au pouvoir jusqu'à ce que, justement, la révolte  populaire libyenne du 17 Février fasse échouer tous ses plans. L'étouffement par le sang et le feu de la révolte libyenne aurait mis en péril les acquis révolutionnaires de la Tunisie et de l'Égypte,  encouragé une répression encore plus grande au Yémen et en Syrie et congelé toutes les protestations qui refleurissent  au Maroc, en Jordanie et à Bahreïn. On ne peut pas –vraiment pas – être en même temps en faveur des révolutions arabes et de Kadhafi. Paradoxalement, ceux qui soutiennent Kadhafi  appuient sans s’en rendre compte l’offensive contre-révolutionnaire de l'OTAN en Afrique du Nord.

Peut-être faut-il préférer un ordre mauvais, pourvu qu’il soit invincible, à un désordre ambigu dans lequel il existe une possibilité de vaincre, même si c’est à long terme ; peut-être eût-il été préférable que ce lourdaud de Mohamed Bouazizi  ne s’immole pas, mettant le feu à toute la région, nous qui étions si tranquilles ; peut-être aurions-nous préféré que les peuples arabes ne se soulèvent pas s’ils ne sont pas  capables d’être marxistes et si à la fin, cela ne sert à rien ou seulement à ce que l’Islam règne ou qu’une poignée d’humiliés et d’offensés respirent un peu. Mais ce n’est pas nous qui décidons. Ce qui est sûr, c’ est que les peuples arabes, y compris celui de Libye, ont décidé de se débarrasser des dictatures les plus longues sur la planète, "dégelant" une région du monde pétrifiée depuis la Première Guerre mondiale et condamnée encore et toujours à servir des intérêts étrangers ; et en  décidant cela, ils l’ont remise dans le « courant central de l’histoire ». Bien sûr, on peut se laisser aller à éprouver des nostalgies de la guerre froide ; on peut se rassurer en voyant des conspirations des méchants habituels de toujours,  en s’épargnant ainsi l’effort de se rapprocher de nos semblables sur le terrain et d’analyser soigneusement les nouveaux acteurs qui interviennent sur la scène du monde. On peut faire des discours au lieu de faire de la politique, et faire des remontrances aux Arabes au lieu d’apprendre d’eux.  Ou bien alors on peut essayer d’être solidaires des peuples qui en ce moment essaient d’en finir avec une histoire ou d’en commencer une nouvelle ; avec ceux qui, comme en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, essaient de secouer le joug de leurs dictateurs et avec ceux qui, comme en Tunisie, en Égypte et en Libye, doivent tenter de se libérer, dès maintenant, de diverses formes d’intervention étrangère.