mercredi 29 février 2012

Chronique grecque de l’autogestion courante

 par Patrick Silberstein, 28/2/2012
http://www.autogestion.asso.fr/?p=1168#more-1168

Éleftherotypia, « Liberté d’expression », l’un des plus prestigieux journaux grecs, est en cessation de paiement depuis août 2011 (voir Un journal grec en autogestion !).). En grève illimitée depuis le 22 décembre 2001, les 800 salariés n’ont pas reçu le moindre salaire depuis sept mois. Plus de salaire, plus de boulot, plus de journal… Journalistes, techniciens, imprimeurs… sont sur le pavé. Il y a déjà plusieurs mois que l’Union européenne des journalistes, avertie de la situation, a exigé des propriétaires (X. K. Tegopoulos Inc.) qu’ils « prennent leurs responsabilités pour sauver ce journal historique ». La réponse a été celle de tous les propriétaires absentéistes… Cependant, la société, comme la nature, ayant horreur du vide, le vide a été rempli par l’initiative autogestionnaire des travailleurs du journal.
La société éditrice invoquant la loi sur les faillites pour ne pas payer les salaires dus, les salariés confrontés au mur de la « légalité » (se confondant ici totalement avec celui de l’argent) ont donc décidé de prendre les rênes du journal. Le premier numéro est paru le 15 février, le second le 25. Plus de 30000 exemplaires ont été vendus dans les kiosques. C’est, selon Marie Aphrodite Politi, journaliste « sans salaire » d’Elefitheropia, la « revanche des travailleurs » qui sont de retour sur la scène publique avec leur journal, malgré les embûches et les chausse-trappes semées par les propriétaires.
Les biens vacants appartiennent à la société
Pour Moisis Litsis, l’un des rédacteurs du journal, il était clair, dès le mois de novembre que les banques ne prêteraient pas le moindre euro aux propriétaires pour renflouer un journal mal réputé pour avoir critiqué de manière virulente le gouvernement. Cependant, si le positionnement politique de Éleftherotypia a pu jouer un rôle dans la décision de lui couper les vivres, la cause principale est ailleurs, plus grave, plus fondamentale : les banques n’accordent plus aucun crédit aux entreprises par peur du défaut de paiement. La direction n’avait donc pas d’autre proposition que de mettre la clé sous la porte et d’attendre des jours meilleurs. Et ils seront sans aucun doute nombreux les « chefs » d’entreprises à attendre une « embellie » en privant les travailleurs de ressources et en abandonnant les outils industriels et de service.
Si la situation du pays appelle des réponses sociales et politiques appropriées, Moisis Litsis regrette que « les syndicats dominants pensent encore la situation selon des schémas traditionnels (grèves, manifs, propagande, appels à des changements de politique économique et sociale…). Il n’y a, dit-il, ni coordination véritable ni réflexion sur le redémarrage de la production (ce qui est d’ailleurs difficile car en fait de production, beaucoup des entreprises grecques étaient des entreprises de commerce). Par exemple, les métallos de la Chaliburgia sont en grève depuis pratiquement trois mois contre les baisses de salaires et les licenciements 1. Ils contrôlent leur usine, mais ils se contentent d’organiser des manifestations et le mouvement de  solidarité mais n’envisagent pas de reprendre le travail pour le bien des travailleurs et de la société tout entière. »
Toujours selon Moisis Litsis, « l’autogestion est la seule solution ». Il n’y a pas d’alternative : « Étant donné la situation économique et financière du pays qui va de mal en pis, je n’entrevois pour notre journal aucune possibilité de retourner à une quelconque normalité. Je crois que de plus en plus de propriétaires vont abandonner leurs entreprises. Ils ne veulent pas y mettre le moindre sou de leur poche et préfèrent attendre de voir comment la crise grecque va évoluer. »



Un comité de rédaction du quotidien. Photo: Ek Prosopos, Eleftherotypias
L’autogestion c’est pas de la tarte !
Les travailleurs Éleftherotypia ont donc été confrontés à un dilemme : soit attendre une « solution industrielle » s’apparentant à l’arlésienne, soit se saisir de leur outil de travail  pour le « remettre en marche » afin que le peuple grec en lutte puisse disposer d’un journal « différent, critique, radical ». Éleftherotypia est donc réapparu dans les kiosques sous le titre de « Liberté d’expression des travailleurs ».
Si les salarié-es ne sont pas tous convaincus qu’il soit possible de trouver des « solutions en dehors de l’économie de marché », en prenant la décision de faire leur journal, les hommes et les femmes d’Éleftherotypia, ainsi que l’explique Moisis Litsis, ne se sont pas pour autant lancés dans une « expérimentation sociale ». Marie Aphrodite Politi parle, quant à elle d’une « sorte d’autogestion ». Ce qui est certain, c’est que dans la situation concrète qu’ils vivent, les travailleurs tentent tout simplement de répondre à une double nécessité : travailler et gagner (un peu) leur vie et agir pour préserver leur collectif de travail, leur outil de travail et peser sur la situation.
Financé par des participations militantes de toutes sortes et vendu 1 euro, le journal a été conçu et imprimé en dehors des installations d’Éleftherotypia car les lieux de travail ne sont pas occupés. Marie Aphrodite Politi indique ainsi que les ouvriers du livre de l’imprimerie du journal – qui est la propriété de la même société – « hésitent à occuper leurs ateliers et à s’engager dans la production du journal ». La situation s’est quelque peu modifiée depuis que Liberté d’expression des travailleurs est paru, les patrons ayant bloqué les accès et coupé l’électricité, le téléphone et Internet…
Au cours des semaines qui ont précédé la sortie du premier numéro, outre les assemblées générales, des groupes de travail séparés ont réuni journalistes, employés de bureau et imprimeurs afin de mieux réfléchir sur « les moyens de publier » Éleftherotypia, sur la « popularisation de la lutte » mais aussi pour que « ceux qui veulent continuer à travailler “normalement” puissent le faire ». Un problème des plus difficiles à résoudre, estime Moisis Litsis, est celui de l’implication d’autres métiers dans le processus de publication du journal. Les discussions portent aussi sur le type de journal à produire. Certains sont partisans de faire un journal de grève, voire un journal militant, d’autres, telle Marie Aphrodite Politi, veulent publier un journal engagé, mais un «  véritable journal avec ses rubriques habituelles : informations, politiques, sportives, culturelles, télé ». On trouve ainsi au sommaire du numéro 2 de Liberté d’expression des travailleurs un dossier consacré à la situation en Europe « Quo Vadis Europa », un entretien avec l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, un autre avec Eric Olin Wright sur le Occupy Movement américain et de nombreux articles sur les événements courants en Grèce et dans le monde.
Quand Éric Toussaint, le président du CADTM évoque la situation générale du pays, il ne manque pas de souligner que si la résistance aux mesures de paupérisation imposées au peuple grec passe par de multiples canaux : «grèves générales, occupation des places publiques, manifestations de rue, résistance aux augmentations de tarif des services et des transports », il ne faut pas oublier « la relance de l’activité de certains services comme celui de l’hôpital de Kilkis en Macédoine ou le redémarrage […] du quotidien Eleftherotypia sous conduite des travailleurs ».

indignados, le film de Tony Gatlif, sort le 7 mars

Indignados
2012
de Tony Gatlif
avec Mamebetty Honoré Diallo, Fiona Monbet


Sortie en salles le 7 mars
Publié le 25/02/2012 à 06h00
Par pierre penin


Bayonne

« Pas indigné, horrifié ! »

Le réalisateur Tony Gatlif sera ce soir l'invité du cinéma l'Atalante, où il évoquera son nouveau film « Indignados ». Entretien avec ce « ciné-poète » insurgé.

Tony Gatlif se définit comme un témoin, acquis à la cause des plus faibles de ce monde.

Tony Gatlif se définit comme un témoin, acquis à la cause des plus faibles de ce monde. (photo martin bureau )

Avec « Indignados », son nouveau long-métrage, le réalisateur Tony Gatlif porte, encore et encore, son regard de « ciné-poète » sur l'injustice du monde. Le mouvement des Indignés en est le résultat bouillonnant et populaire mais à travers lui, ce sont les pauvres, les persécutés, les oubliés, pourchassés, damnés du libéralisme, qui importent au cinéaste. Il sera ce soir (lire par ailleurs) à Bayonne, invité du cinéma l'Atalante.
Pourquoi ce travail sur les Indignés ?
J'avais lu le livre d'Hessel, « Indignez-vous ! » (Indigènes éditions) et je sortais d'une année difficile avec le traitement fait aux Tziganes (1). J'avais envie moi aussi de voir les gens s'indigner, quand les CRS chassaient des gens des terrains vagues.
Diriez-vous que vous vous indignez depuis 30 ans, à travers vos films ?
Oui. Il y a une logique quand je vais vers les Indignés. Ça correspond à mon parcours. J'étais ''anar'' au départ. Quand un peuple se lève, je suis derrière. Mais je ne suis pas indigné aujourd'hui. Je suis horrifié par ce système d'injustice qui broie les êtres. Je crois que le vrai mot d'ordre doit être « occupy » ! Il faut occuper la Concorde, il faut occuper Bayonne !
Votre film mêle les révolutions arabes et le mouvement des Indignés : voyez-vous des ressorts communs ?
Les révolutions arabes sont nées contre des dictateurs. On ne peut pas vraiment parler de dictatures européennes, quoi qu'en Hongrie… En tout cas, pas la dictature d'un homme. Ici, le dictateur, c'est les banques. Voyez le diktat que subit la Grèce. J'y suis allé, j'ai vu et j'ai parlé avec des Grecs.
Ils ne veulent pas payer la dette mais leur gouvernement, qui a eu peur de son peuple et des banques, a reculé au moment d'interroger le peuple par référendum. C'est un constat terrible. Le système et les banques ont bâillonné le peuple. L'argent est le dictateur du monde.
Acceptez-vous d'être qualifié de « réalisateur politique » ?
Je ne fais pas de la politique. Je suis dans le social, dans l'humain. Disons que je suis obligé de faire de la politique, à mon corps défendant. Mais je préfère et préférerai toujours la poésie à la politique.
Vous vous dites « obligé » : le monde façonne votre œuvre et cela a quelque chose de viscéral…
Malheureusement, je ne peux pas faire mon métier sans aborder l'injustice du monde. Je ne peux pas être conscient du pouvoir de l'image et du cinéma sans l'employer à témoigner. Cette injustice me sidère, je ne peux pas m'en extraire.
La poésie peut être un bel instrument de politique…
Regardez Aragon ! La poésie peut soutenir le propos politique. Elle peut soutenir la lutte, être précieuse dans cette bagarre non violente contre l'injustice qui nous concerne tous. Mon film, je le considère comme un « ciné-poème ».
C'est-à-dire ?
Pas un film de propagande pour qui que ce soit. Je ne suis pas le porte-parole des Indignés. D'ailleurs, ce mot finit par sonner étrangement, un peu comme une marque et au final, ce mot finit par me gonfler. Je lui préfère celui d'insurgé. Insurgé, c'est bien.
« Indignados » flirte avec le documentaire sans en être vraiment un…
Mon film n'est pas une analyse. Je ne suis pas quelqu'un qui analyse. Par contre, je suis quelqu'un qui va voir la réalité et s'y confronte. Je montre ce que j'ai vu, ce que je connais. Je suis un témoin. Et je dis « attention ». Je donne un avertissement. Quand vous voyez de toutes l'Europe ou d'Afrique des gens venir travailler dans des champs en Espagne pour deux euros par jour… C'est une guerre, tout ça.
Quel regard portez-vous sur la campagne présidentielle ?
Les hommes et femmes qui s'y affrontent ont une énorme responsabilité car nous sommes d'abord dans une crise humaine. Celui qui devra gérer ce merdier devra être très fort et je doute que les grandes gueules soient les meilleurs pour ça.
Les grandes gueules, comme en Hongrie, vont nous mettre dans la catastrophe. Pour moi, celui qui viendra va devoir connaître le langage du peuple et lui parler sincèrement. C'est à ne pas confondre avec le populisme.
(1) Allusion au renforcement de la législation permettant le démantèlement de campements des communautés nomades, généralement d'Europe de l'est. Tony Gatlif a des racines gitanes, de par sa mère.

indignados fera l'ouverture du 14ème festival du film documentaire de Thessalonique, du 9 au 18 mars 2012

14ο Φεστιβάλ Ντοκιμαντέρ Θεσσαλονίκης –
Εικόνες του 21ου Αιώνα
9-18 Μαρτίου 2012

HIGHLIGHTS
Με την αντίστροφη μέτρηση για το 14ο Φεστιβάλ Ντοκιμαντέρ Θεσσαλονίκης – Εικόνες του 21ου Αιώνα να έχει ήδη ξεκινήσει, σας παρουσιάζουμε ορισμένα από τα highlights της φετινής διοργάνωσης:

 Ταινία έναρξης: Το πολυσυζητημένο ντοκιμαντέρ Indignados του Τόνι Γκάτλιφ, με θέμα το κίνημα των αγανακτισμένων, ανοίγει την αυλαία του 14ου ΦΝΘ. Με έμπνευση από το μπεστ σέλερ «Αγανακτήστε!» του Στεφάν Εσέλ και συνδυάζοντας μυθοπλασία και ντοκιμαντέρ, ο Γκάτλιφ αναδεικνύει την κοινωνική παθογένεια, το οικονομικό αδιέξοδο και το αβέβαιο πεπρωμένο της Ευρώπης. Οδηγός του, ένα σύμβολο-θύμα του καπιταλισμού: μια αφρικανή μετανάστρια που περιπλανιέται στην Ελλάδα, τη Γαλλία και την Ισπανία, και συναναστρέφεται με τους «αποκλεισμένους» της ευρωπαϊκής κοινότητας (μετανάστες, άστεγοι), αλλά και με τους αγανακτισμένους κάθε εθνικότητας, που διεκδικούν την ελπίδα για αλλαγή.

Καινοτομία Αγοράς
- Πρακτικός οδηγός για ντοκιμαντερίστες: Ποια βήματα πρέπει να ακολουθήσει ένας σκηνοθέτης για μια αποτελεσματική παρουσίαση της δουλειάς του σε ένα φεστιβάλ; Πόσο καθοριστικό είναι το πρώτο 10λέπτο ενός ντοκιμαντέρ για την τελική του επιλογή; Πώς γίνονται οι διαπραγματεύσεις με ένα κανάλι για την αγορά ενός ντοκιμαντέρ; Πώς ανοίγει ο δρόμος για ένα δημιουργό προς τις διεθνείς συμπαραγωγές και τις χρηματοδοτήσεις από τηλεοπτικούς σταθμούς; Η Αγορά του 14ου ΦΝΘ διοργανώνει μια σειρά συζητήσεων, στις οποίες, διακεκριμένοι επαγγελματίες του κινηματογραφικού χώρου, θα δώσουν χρηστικές πληροφορίες και πρακτικές συμβουλές στους έλληνες και ξένους ντοκιμαντερίστες. Τον «πρακτικό οδηγό» εγκαινιάζουν η διευθύντρια του Διεθνούς Φεστιβάλ Ντοκιμαντέρ του Άμστερνταμ Άλι Ντερκς, ο διανομέας Γιαν Ρόφεκαμπ, ο παραγωγός Πίτερ Γουιντόνικ και η υπεύθυνη αγοράς ξένου προγράμματος του ΣΚΑΙ Ελπίδα Καλλιντέρη. Οι ημίωρες συζητήσεις θα πραγματοποιηθούν από τις 13 έως τις 16 Μαρτίου, στην αίθουσα Excelsior του Electra Palace (17.30-18.00).

Έκθεση
: Στη φωτογραφική έκθεση «Urban Survivors», παρουσιάζονται συγκλονιστικά στιγμιότυπα ανθρώπων που ζουν σε παραγκουπόλεις στο Μπαγκλαντές, το Πακιστάν, την Αϊτή, τη Νότιο Αφρική και την Κένυα, τα οποία υπογράφουν φωτογράφοι του πρακτορείου NOOR. «Urban Survivors» τιτλοφορείται το διεθνές multimedia project των Γιατρών Χωρίς Σύνορα σε συνεργασία με το φωτογραφικό πρακτορείο ΝΟΟR και την εταιρεία Darjeeling Productions, το οποίο φέρνει στο φως τις κρίσιμες ανθρωπιστικές και ιατρικές ανάγκες των ανθρώπων που ζουν σε παραγκουπόλεις ανά τον κόσμο. Η έκθεση, η οποία αποτελεί συνδιοργάνωση του Φεστιβάλ Ντοκιμαντέρ Θεσσαλονίκης και των Γιατρών Χωρίς Σύνορα, με την υποστήριξη του Κρατικού Μουσείου Σύγχρονης Τέχνης και του Κέντρου Σύγχρονης Τέχνης Θεσσαλονίκης, θα φιλοξενηθεί στο Κέντρο Σύγχρονης Τέχνης Θεσσαλονίκης, Αποθήκη Β1, Λιμάνι. Διάρκεια: 11 - 18 Μαρτίου 2012.

H ταινία έναρξης εντάσσεται στην ενότητα Ανθρώπινα Δικαιώματα, και η έκθεση, εντάσσεται στις παράλληλες εκδηλώσεις, που, χρηματοδοτούνται μεταξύ άλλων δράσεων του 14ου ΦΝΘ, από την Ευρωπαϊκή Ένωση - Ευρωπαϊκό Ταμείο Περιφερειακής Ανάπτυξης, στο πλαίσιο του ΠΕΠ Κεντρικής Μακεδονίας 2007-2013.

dimanche 26 février 2012

Sauvons le peuple grec de ses sauveurs ! Save the Greek People from their Saviours ! Να σώσουμε τον ελληνικό λαό από τους σωτήρες του!

Sauvons le peuple grec de ses sauveurs ! -
Au moment où un jeune Grec sur deux est au chômage, où 25 000 SDF errent dans les rues d’Athènes, où 30% de la population est tombée sous le seuil de pauvreté, où des milliers de familles sont ...

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Sauvés”, par  Dave Brown, The Independent

mardi 21 février 2012

À l’opinion publique internationale : la vérité sur la Grèce

par Mikis Theodorakis Μίκης Θεοδωράκης, 12/2/2012. Traduit par  Georgios Sgourdos Γιώργος Σγούρδος. Edité par  Guy Wagner  -  Fausto Giudice 
 
Cet appel a été lancé par Mikis Theodrakis le dimanche 12 février 2012, lors de la grande manifestation place Syntagma à Athènes, durant le débat parlementaire sur l'adoption du nouveau Mémorandum imposé par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) à la Grèce. Lorsque Theodorakis, 86 ans, et Manolis Glézos, 90 ans, ont demandé aux policiers de l'uinité spéciale anti-émeutes MAT de pouvoir s'adresser à la foule depuis les marches du Parlement, la seule réponse de ces derniers a été un tir tendu de gaz lacrymogènes s'apparentant à une tentative de meurtre. Voilà comment on traite dans ce pays "entrokaïsé" des hommes qui, au Japon, seraient honorés comme "trésors nationaux vivants"-Tlaxcala
Gazés ! Theodorakis (en haut) et Glézos (en bas)


Un complot international est en cours, visant à mener à terme la destruction de mon pays. Les assaillants ont commencé en 1975, avec comme cible la culture grecque moderne, puis ils ont poursuivi la décomposition de notre histoire récente et de notre identité nationale et aujourd’hui ils essaient de nous exterminer physiquement par le chômage, la famine et la misère. Si le peuple grec ne se soulève pas pour les arrêter, le risque de disparition de la Grèce est bien réel. Je la vois arriver dans les dix prochaines années. Le seul élément qui va survivre de notre pays sera la mémoire de notre civilisation et de nos luttes pour la liberté.

Jusqu’en 2009, la situation économique de la Grèce n’avait rien de très grave. Les grandes plaies de notre économie étaient les dépenses immodérées pour l’achat du matériel de guerre et la corruption d’une partie du monde politique, financier et médiatique. Mais une part de responsabilité appartient aussi aux Etats étrangers, parmi eux l’Allemagne, la France, l’Angleterre et les USA qui gagnaient des milliards d’euros au dépens de notre richesse nationale par la vente annuelle de matériel de guerre. Ce saignement constant nous a écrasés et ne nous permettait plus d’aller de l’avant, alors qu’il était la source d’enrichissement d’autres pays. On peut dire la même chose pour le problème de la corruption. Par exemple, l’entreprise allemande Siemens avait une branche spéciale pour corrompre des Grecs, afin de mieux placer ses produits sur le marché grec. Ainsi le peuple grec a été victime de ce duo des prédateurs allemands et grecs qui s'enrichissaient au dépens de la Grèce.
Il est évident que ces deux grandes plaies auraient pu être évitées si les dirigeants des deux partis politiques pro-américains n’avaient pas été infiltrés par la corruption. Cette richesse, produit du travail du peuple grec, était ainsi drainée vers les coffres-forts de pays étrangers. Les politiciens ont essayé de compenser cette fuite d’argent par un recours à des emprunts excessifs qui résultaient en une dette publique de 300 milliards d’euros, soit 130% du PNB (Produit National Brut).
Par cette arnaque, les étrangers gagnaient doublement: d’une part, par la vente d'armes et de leurs produits et d'autre part, par les intérêts sur l'argent prêté au gouvernement (et non pas au peuple). Comme nous l'avons vu, le peuple grec était la principale victime dans les deux cas. Un seul exemple suffira pour vous convaincre: en 1986, Andreas Papandreou a emprunté un milliard de dollars à une banque d’un grand pays européen. Les intérêts de cet emprunt n’ont été remboursés qu’en 2010 et ils s’élevaient à 54 milliards d’euros.
L’année passée, M. Juncker a déclaré qu’il avait remarqué lui-même l’hémorragie financière massive de la Grèce qui était due aux dépenses excessives (et forcées) pour l'achat de matériel de guerre – de l'Allemagne et la France en particulier. Et il a conclu que ces vendeurs nous conduisaient à un désastre certain. Hélas, il a avoué qu'il n'a rien fait pour contrecarrer cela, afin de ne pas nuire aux intérêts des pays amis!
En 2008, la grande crise économique est arrivée en Europe. L’économie grecque n’a pas été épargnée. Cependant, le niveau de vie qui était jusque-là assez élevé (la Grèce se classait parmi les 30 pays les plus riches du monde), est resté pratiquement inchangé, malgré une augmentation de la dette publique. La dette publique ne se traduit pas nécessairement par une crise économique. La dette des grands pays tels que les États-Unis et l'Allemagne sont estimées à des milliers de milliards d’euros. Les facteurs déterminants sont la croissance économique et la production. Si ces deux facteurs sont positifs, il est possible d’emprunter auprès des grandes banques à un taux d'intérêt inférieur à 5%, jusqu'à ce que la crise soit passée.
En novembre 2009, au moment de l’arrivée de George Papandréou au pouvoir, nous étions exactement dans cette position. Pour faire comprendre ce que le peuple grec pense aujourd’hui de sa politique désastreuse, je cite deux chiffres: aux élections de 2009 le PASOK - le parti politique de G. Papandreou - a remporté 44% des voix. Aujourd'hui, les sondages ne lui donnent plus que 6%.
M. Papandréou aurait pu faire face à la crise économique (qui reflétait celle de l’Europe) avec des prêts de banques étrangères au taux habituel, c’est-à-dire inférieur à 5%. S'il l’avait fait, notre pays n’aurait pas eu de problème. Comme nous étions dans une phase de croissance économique, notre niveau de vie se serait amélioré.
Mais M. Papandréou avait déjà commencé sa conspiration contre le peuple grec en été 2009, lorsqu’il a rencontré secrètement M. Strauss-Kahn, dans le but de placer la Grèce sous la tutelle du FMI. Cette révélation a été faite par l’ancien directeur du FMI.
Pour y arriver, le tableau de la situation économique de notre pays devait être falsifié, afin que les banques étrangères aient peur et augmentent les taux d’intérêt de prêt à des montants prohibitifs. Cette opération onéreuse a commencé avec l’augmentation artificielle du déficit publique de 12% à 15% pour l’année 2009 [ Andreas Georgiou, président du conseil d’administration de l’Institut National de Statistique, ELSTAT, a subitement décidé en 2009, sans demander l’accord, ni informer son conseil d’administration, de comptabiliser dans le calcul du déficit public certains organismes et entreprises publiques qui ne l’avaient jamais été auparavant dans aucun autre pays européen, excepté la Norvège. L’objectif était de faire passer le déficit de la Grèce au-dessus de celui de l’Irlande (14%), afin que ce soit elle qui joue le rôle de maillon faible de l’Europe, NdT]
Pour ce forfait, le procureur M. Pepònis a déféré M. Papandréou et M. Papakonstantinou (ex-ministre des Finances) devant la justice, il y a 20 jours.
Ensuite, M. Papandréou et son ministre des Finances ont mené une campagne de discrédit pendant 5 mois, au cours de laquelle ils ont essayé de persuader les étrangers que la Grèce était, comme le Titanic, en train de couler, que les Grecs sont corrompus, paresseux et donc incapables de faire face aux besoins du pays. Après chacune de leurs déclarations, les taux d'intérêt montaient, afin que la Grèce ne puisse plus faire des emprunts et afin de donner un caractère de sauvetage à notre adhésion au FMI et à la Banque Centrale Européenne. En réalité, c'était le début de notre fin.
En mai 2010, un ministre, celui des Finances, a signé le fameux Mémorandum, c’est-à-dire notre soumission à nos prêteurs. D’après le droit grec, l'adoption d'un tel accord doit être soumise au parlement et être approuvée par les trois cinquièmes des députés. Donc, le Mémorandum et la Troïka qui nous gouvernent, fonctionnent illégalement - non seulement au regard du droit grec, mais aussi du droit européen.
Depuis lors, en supposant que notre parcours vers la mort soit représenté par un escalier de 20 marches, nous avons déjà parcouru plus de la moitié du chemin. Imaginez que le Mémorandum brade aux étrangers notre indépendance nationale et la propriété nationale, à savoir: nos ports, nos aéroports, le réseau routier, l’électricité, l’eau, toute les richesses naturelles (dans le sous-sol et sous-marines) etc. Ajoutez-y nos monuments historiques, comme l'Acropole, Delphes, Olympie, Epidaure et autres sites, une fois que nous avons renoncé à faire valoir nos droits.
La production a été freinée, le taux de chômage a grimpé à 18%, 800 000 magasins ont fermé, tout comme des milliers d’usines et des centaines d’artisans. Un total de 432 000 entreprises ont déposé leur bilan. Des dizaines de milliers de jeunes scientifiques quittent notre pays qui s'enfonce de plus en plus dans les ténèbres du Moyen Âge. Des milliers de personnes qui étaient aisées jusqu’à une date récente, sont maintenant à la recherche de nourriture dans les ordures et dorment sur le trottoir.
Entretemps, nous sommes censés vivre grâce à la générosité de nos prêteurs d’argent, les banques européennes et le FMI. En fait, l’intégralité du paquet de dizaines de milliards d’euros versé pour la Grèce, retourne à son expéditeur, tandis que nous sommes de plus en plus endettés à cause des intérêts insupportables. Et parce qu’il est nécessaire de maintenir en fonction l’Etat, les hôpitaux et les écoles, la Troïka charge la classe moyenne et inférieure de notre société de taxes exorbitantes qui mènent directement à la famine. La dernière fois que nous avons vécu une situation de famine généralisée dans notre pays était au début de l'occupation allemande, en 1941, avec près de 300 000 morts en six mois seulement. De nos jours, le spectre de la famine revient dans notre pays infortuné et calomnié.
Si vous pensez que l'occupation allemande nous a coûté un million de morts et la destruction complète de notre pays, comment pouvons-nous accepter, nous les Grecs, les menaces de Mme Merkel et l'intention des Allemands de nous imposer un nouveau Gauleiter, qui cette fois portera une cravate ?
La période de l'occupation allemande, de 1941 jusqu'à octobre 1944, prouve à quel point la Grèce est un pays riche, et à quel point les Grecs sont travailleurs et conscients (conscience du devoir de liberté et de l'amour pour la patrie).
Lorsque les SS et la famine tuaient un million de personnes et la Wehrmacht détruisait notre pays, confisquait toute la production agricole et l'or de nos banques, les Grecs ont pu survivre grâce à la création du Mouvement de Solidarité Nationale et d’une armée de partisans comptant 100 000 combattants, qui ont fixé 20 divisions allemandes dans notre pays.
En même temps, les Grecs ont survécu non seulement grâce à leur application au travail, mais aussi , dans des conditions d'occupation, grâce à un grand développement de l'art grec moderne, en particulier dans le domaine de la littérature et de la musique.
La Grèce a choisi la voie du sacrifice pour la liberté et la survie en même temps.
Nous avons été attaqués, nous avons répondu avec Solidarité et Résistance et nous avons survécu. Nous faisons maintenant exactement la même chose, avec la certitude que le peuple grec sera finalement vainqueur. Ce message est envoyé à Mme Merkel et M. Schäuble, en soulignant que je reste un ami du peuple allemand et un admirateur de sa grande contribution à la science, la philosophie, l'art et la musique en particulier. La meilleure preuve de cela est le fait que j’ai confié l’intégralité de mon œuvre musicale à deux éditeurs allemands, Schott et Breitkopf, qui sont parmi les plus grands éditeurs dans le monde, et ma collaboration avec eux est très amicale.
Ils menacent de nous expulser de l'Europe. S'ils ne veulent une fois pas de nous, c'est dix fois que nous ne voulons pas faire partie de l'Europe de Merkel – Sarkozy.
Aujourd'hui, dimanche 12 février, Manolis Glezos – le héros qui a arraché la croix gammée de l'Acropole, donnant ainsi le signal du début, non seulement de la résistance grecque, mais aussi de la résistance européenne contre Hitler – et moi-même nous nous préparons à participer à une manifestation à Athènes. Nos rues et nos places vont être remplies de centaines de milliers de personnes qui manifesteront leur colère contre le gouvernement et la Troïka.

J'ai entendu hier le Premier ministre-banquier dire, en s’adressant au peuple grec, que nous avons presque touché le fond. Mais qui nous a amené à ce point en deux ans? Ce sont les mêmes qui, au lieu d’être en prison, menacent les députés, afin qu’ils votent pour un nouveau Mémorandum pire que le premier, qui sera appliqué par les mêmes personnes qui nous ont amenés là où nous sommes. Pourquoi? Parce que c’est ce que le FMI et l’Eurogroupe nous obligent à faire, en nous menaçant, si nous n’obéissons pas, de faillite... Ici on joue au théâtre de l'absurde. Les cercles qui nous haïssent (grecs et étrangers) et qui sont les seuls responsables de la situation dramatique de notre pays, nous menacent et nous font du chantage, afin de pouvoir poursuivre leur œuvre destructrice, jusqu’à notre extinction définitive.


Au cours des siècles, nous avons survécu dans des conditions très difficiles. Il est certain que, non seulement les Grecs vont survivre, mais ils vont aussi revivre si on nous conduit de force à l'avant-dernière marche de l’escalier vers la mort.


A présent je consacre toutes mes forces à unir le peuple grec. J'essaie de le convaincre que la Troïka et le FMI ne sont pas une voie à sens unique. Qu'il y a une autre solution: changer l’orientation de notre nation. Se tourner vers la Russie pour une coopération économique et la formation de partenariats qui nous aideront à mettre en valeur la richesse de notre pays en des termes favorables à notre intérêt national.


Je propose de ne plus acheter du matériel militaire des Allemands et des Français. Nous allons tout faire pour que l'Allemagne nous paie les réparations de guerre dues. Ces réparations s'élèvent, avec les intérêts, à 500 milliards d’euros.


La seule force capable de faire ces changements révolutionnaires, c'est le peuple grec uni en un Front de Résistance et de Solidarité pour que la Troïka (FMI et banques européennes) soit chassée du pays. En parallèle, il faut considérer comme nuls et non avenus tous ses actes illégaux (prêts, dettes, intérêts, impôts, achats de la richesse publique). Bien sûr, leurs partenaires grecs – qui ont déjà été condamnés dans l'esprit de notre peuple en tant que traîtres –, doivent être punis.


Je suis entièrement concentré sur ce but (l'union du peuple en un Front) et je suis persuadé que nous l’atteindrons. Je me suis battu les armes à la main contre l'occupation hitlérienne. J'ai vu les cachots de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai miraculeusement survécu. En 1967, j'ai fondé le PAM (Patriotikò Mètopo - Front patriotique), la première organisation de résistance contre la junte militaire. Je me suis battu dans la clandestinité. J'ai été arrêté et emprisonné dans l'“abattoir” de la police de la junte. Finalement, j'ai encore survécu.


Aujourd'hui, j’ai 87 ans, et il est très probable que je ne serai plus là le jour du sauvetage de ma patrie bien-aimée. Mais je vais mourir la conscience tranquille, parce que je continuerai jusqu’à la fin de faire mon devoir envers les idéaux de liberté et de droit.

dimanche 19 février 2012

Είμαστε όλοι Έλληνες! Nous sommes tous Grecs ! Koulna iounainoun! We are all Greeks! Tod@s somos grieg@s! Siamo tutti greci ! Hepimiz Yunanız! Wir sind alle GriechInnen! كلنا يونانيون









6, Rue Saint Fulgence. 1082-Tunis
Συγκέντρωση διαμαρτυρίας μπροστά στην Ελληνική Πρεσβεία στην Τύνιδα, στο πλαίσιο της διεθνούς υποστήριξης προς το ελληνικό λαϊκό κίνημα , την Τρίτη 21 Φεβρουαρίου, 2012 στις 4μμ.


Liste des rassemblements dans le monde/Lista de las concentraciones en el mundo :
https://n-1.cc/pg/pages/view/1173320
Facebook:
Tunis/Túnez: https://www.facebook.com/events/251212031624470/
Monde/Mundo: https://www.facebook.com/events/300173683376937/




Non à l'Union européenne des banksters !

 Oui à l'Union européenne des peuples !

vendredi 17 février 2012

Tunis : "Cachez ce sein que je ne saurais voir"

Ce vers célèbre est de Tartuffe, le personnage de Molière dans la pièce Tartuffe ou l'imposteur, dont le nom est entré dans le vocabulaire français pour désigner un "personnage qui, sous couvert de religion, affecte une dévotion et une vertu profondes, dans le but de séduire son entourage et d'en tirer profit" et par extension un "personnage pétri d'hypocrisie". Synonymes : hypocrite, bigot, papelard, judas, faux-jeton, fourbe, imposteur, jésuite, insinuant, mielleux.
La photo de Sami Khedira posant avec sa femme est une illustration parfaite de la phrase de Tartuffe. Car que fait Sami ? Eh bien, il cache le(s) sein(s) de Lena Gercke. Malheureusement, il montre "le reste" et c'est ce qui a déclenché les foudres des super-tartufes de la Kasbah. Faut-il en rire  ou en pleurer ?
FG, Basta!

Tunisie: trois journalistes arrêtés pour une couv' osée

Par ELODIE AUFFRAY,  correspondante à Tunis,  Libération, 16/2/2012

Une du journal Attounsia, le 15 février

Trois journalistes tunisiens ont été arrêtés mercredi pour la publication d'une photo de femme nue en couverture du quotidien Attounsia. Après avoir passé la nuit en garde à vue dans les services de protection des mœurs, ils devaient être entendus ce jeudi par un juge d'instruction.

Attounsia a reproduit en une de son édition de mercredi la photo parue en une du magazine allemand GQ. Le footballeur allemand d'origine tunisienne Sami Khedira y pose en costume avec son mannequin d'épouse, nue dans ses bras.
Une couverture certes «scandaleuse», reconnaît le Syndicat des journalistes tunisiens. «Il faut respecter la déontologie, rappelle ainsi Néjiba Hamrouni, la présidente du syndicat, mais arrêter des journalistes pour une photo, c'est grave.» Le SNJT dénonce ainsi «l'intimidation des journalistes».
Ceux qui s'indignent de cette arrestation sont d'autant plus choqués que les dépassements des religieux radicaux ne semblent pas poursuivis avec autant de sévérité. Ainsi, ceux qui ont vandalisé la maison de Nabil Karoui, le patron de la chaîne de télé Nessma —poursuivi lui aussi en justice pour avoir diffusé le film Perspépolis, où figure une image de Dieu— n'ont récolté qu'une maigre amende (à peine 5 euros). Nabil Karoui a, lui, immédiatement été traduit en justice. De même, l'agresseur du journaliste Zied Krichen, frappé à la sortie d'une des audiences de Karoui, n'a toujours pas été retrouvé.

L'affaire Attounsia est, de plus, concomitante avec la tournée très médiatisée du prédicateur égyptien Wajdi Ghoneim, partisan de l'excision des fillettes. «Une opération esthétique, rien de plus», a-t-il encore défendu sur une radio tunisienne, alors que l'excision est interdite en Tunisie. Les autorités ont, sous la pression de la société civile, fini par rappeler l'interdiction. Wajdi Ghoneim a également tenu des propos violents à l'encontre des laïques.
«La publication de la photo d'un corps nu serait-elle plus condamnable que la tournée de prédication haineuse qu'un défenseur farouche de l'excision féminine vient de réaliser dans plusieurs villes du pays?», interroge Selim, jeune militant associatif, sur son blog.«Par cette politique du deux poids - deux mesures, on ne cherche certainement pas à garantir notre liberté d'expression. Mais plutôt à la halal-iser, en réduisant son champ et son application, petit à petit, sous couvert de puritanisme
«Faudra-t-il ensuite interdire les journaux étrangers en Tunisie?», questionne, railleur, mag14.com. Ou bien «mettre en place une commission spéciale chargée de feuilleter les journaux en questions, pour chercher s'il n'y  a pas de pages avec des photos quelque peu dénudées?»
C'est, de même, sous l'angle de la morale que la censure d'internet pourrait revenir: la Cour de cassation dira mercredi prochain si l'Agence tunisienne d'internet doit rétablir le filtrage des sites pornographiques.



Le X exfiltré du Web tunisien ?



D’après le dessin de Erich Ferdinand, CC BY
De notre correspondante à Tunis


C’était l’instrument de la censure politique sous Ben Ali. L’Agence tunisienne d’Internet (ATI), l’entreprise semi-publique qui joue le rôle de grossiste pour les fournisseurs d’accès, risque de reprendre du service… pour bloquer les sites pornographiques. La Cour de cassation doit se prononcer ce mercredi sur l’affaire. L’ATI, désormais dirigée par un jeune PDG qui défend la neutralité du Net, a déjà perdu la partie en première instance et en appel.
La bataille a commencé au printemps, lorsque trois avocats ont assigné l’agence en justice pour qu’elle rétablisse le filtrage du porno. Déjà en cours sous Ben Ali, il a été levé, comme toute autre forme de censure, trois semaines après le départ du Président. « Le code pénal interdit l’incitation à la débauche et la diffusion d’images à caractère pornographique », fait aujourd’hui valoir Me Moneem Turki, qui prend pour principal argument « la protection des enfants », ainsi que le respect des « valeurs arabo-musulmanes ». « La liberté d’expression a aussi ses limites en France : l’apologie de Hitler, le négationnisme », poursuit-il. Quoi de mieux, alors, que de passer par l’ATI, qui « a déjà fait ses preuves » en tant que « champion de la censure pendant des années » ?
Moneem Turki est l’un de ces avocats proches des islamistes qui attaquent tous azimuts depuis un an : lui a initié la procédure contre la cinéaste Nadia El Fani, pour son film Ni Allah ni maître. Il fait aussi partie de la centaine d’avocats qui se sont portés partie civile contre la chaîne Nessma, poursuivie après la diffusion de Persépolis, où figure une représentation de Dieu — ce que proscrit l’islam.
Côté ATI, le PDG post-révolutionnaire et un peu geek, Moez Chakchouk, refuse de tomber dans le piège de l’idéologie. D’ailleurs, lui aussi est « contre ces contenus », tient-il à préciser. Le jeune patron — 36 ans et déjà une longue carrière dans les hautes sphères des télécoms publiques — « défend une entreprise ». Ses arguments sont économiques : la censure coûte cher (2 à 2,5 millions de dinars par an en moyenne, soit entre 1 et 1,2 million d’euros), et l’ATI « n’a plus les moyens ». Elle risque de dégrader la qualité de la connexion. Et elle est inefficace, les Tunisiens ayant pris l’habitude de la contourner. La solution, selon lui : des solutions de filtrage proposées par les fournisseurs d’accès à leurs clients. Ce qui éviterait tout « retour en arrière par rapport à une censure globale ». Reporters sans frontières craint de son côté que le filtrage « puisse ensuite être étendu à d’autres types de contenus ».

jeudi 16 février 2012

Travail, Famille, Parti: Sarkosconi en campagne

C'est parti: Sarkosconi a lancé sa campagne électorale. Slogan : La France Forte, qui n'est qu'une adaptation du Forza Italia de Sua Emittenza. C'est laid, c'est vulgaire, c'est grossier, bref, trois fois BEURK. Si vous êtes masochiste, visitez donc le site web de la campagne NS2012 (sic). On a rarement fait plus moche en matière de communication électronique. A croire que quelques post-situationnistes se sont infiltrés dans l'équipe chargée du site, histoire de le couler.

Grèce : "Nous assistons à la destruction d'un pays"-Interview de Stathis Kouvelakis Ελλάδα :“Μια χώρα καταστρέφεται μπροστά στα μάτια μας“-Συνέντευξη του Στάθη Κουβελάκη

par  Louis Morice, Nouvel Obs., 13/2/2012
Un point de rupture est atteint pour une grande partie de la population grecque, explique Stathis Kouvelakis. Interview.
 


"Les Grecs ont un sentiment profond d'humiliation nationale qui va de pair avec le désastre social qui l'accompagne", estime Stathis Kouvelakis (Chine Nouvelle - Sipa)

La rue se soulève en Grèce. Quelque 100.000 personnes ont manifesté dimanche 12 février contre le nouveau plan de rigueur voté par les députés. Stathis Kouvelakis, professeur de philosophie politique au King's College de Londres, spécialiste de la Grèce, analyse ce véritable traumatisme social.
 
Le plan de rigueur voté hier soir au parlement peut-il être supporté par la société grecque ?
- Je crois qu'on a atteint un point de rupture. La situation sociale du pays est unique en Europe occidentale dans l'histoire de l'après-guerre. La réalité grecque ne peut se comparer qu'avec la grande dépression des années 30, que ce soit par l'ampleur de la récession ou le taux de chômage. Près de 30% de la population a basculé en dessous du seuil de pauvreté.
Les rues d'Athènes et des grandes villes sont complètement méconnaissables. Nombre de magasins ont fermé leur porte au cours des deux dernières années. La population est à bout. Les pertes de revenus et de salaires sont trop importantes, d'abord dans la fonction publique mais aussi dans le privé. Les nouvelles taxes sont un véritable matraquage. Pour une majorité de la société grecque, on a plongé dans l'abîme.
Ce qui se désintègre également en Grèce, c'est l'Etat, les services publics les plus élémentaires. Les manuels scolaires n'ont pas été distribués cette année. La situation sanitaire est absolument catastrophique. Les hôpitaux manquent de tout, y compris de médicaments. Ce sont des conditions du tiers monde. Athènes et les grandes villes grecques ressemblent de moins en moins à des villes européennes, et de plus en plus à des cités sinistrées du grand sud.
Jusqu'où peut aller la colère de la rue ?
- Il y a un traumatisme social immense. La population grecque ne peut plus supporter ça. Les nouvelles mesures sont une véritable provocation. Baisser de 22% un salaire minimum est un acte de folie. Couper de plusieurs milliards dans les dépenses publiques alors qu'on est en pleine récession est un acte suicidaire. Les prévisions officielles qui accompagnent ce plan montrent que rien de tout cela n'est soutenable. C'est la destruction du pays pour les décennies à venir.
A mon sens, il y a une stratégie délibérée de provoquer le chaos de la part de ceux qui imposent ce type de plans à la population, à commencer par l'Union européenne.
La crise sociale se double d'une crise politique ?
- La situation a déjà complètement échappé au contrôle du système politique. Ce gouvernement baroque était déjà dépourvu de légitimité. Là, on plonge dans une crise sans précédent. L'ensemble des partis qui formaient la coalition gouvernementale dépasse à peine le tiers de l'électorat. Le Pasok (socialiste) qui a gagné les élections de 2009 avec 44% des voix est à moins de 10% aujourd'hui. Il est désormais la cinquième force politique du pays, derrière les deux partis de la gauche communiste. La participation à ce gouvernement a aussi déjà coûté très cher en terme de soutien au parti conservateur de la Nouvelle démocratie qui a vu également les intentions de vote décliner.
Le vote d'hier soir au parlement a révélé des ruptures majeures dans les deux partis. Je ne pense pas que, même en tant que sigles, les partis politiques grecs survivent à cette crise. Le Pasok n'est plus qu'une coquille vide. Le Parti conservateur prend le même chemin en assumant les choix politiques qui viennent d'être faits. Il y aura des scissions et de nouvelles formations qui font naître à la faveur de cette très grande instabilité.
L'image de la Grèce, berceau de la démocratie, qui s'estime spoliée de son droit de décider elle-même de son destin, est-elle justifiée ?
- Les Grecs ont un sentiment profond d'humiliation nationale qui va de paire avec le désastre social qui l'accompagne. Ils comprennent bien que ce ne sont plus eux qui gouvernent. Les notions de légitimité démocratique, de souveraineté, ont été complètement bafouées. Il s'agit de diktats purs et simples qui sont imposés. Les taux de soutien à cette politique sont négligeables dans la population grecque. Il s'agit d'un révélateur brutal d'une réalité qui va bien au-delà du cas grec mais qui concerne l'Europe. Quelle est cette Europe qui agit de la sorte ?
Comment analysez-vous l'attitude du Premier ministre Lucas Papademos qui agite le spectre du chaos et de la faillite ?
- Il y a une mystification qui est en train de se faire sur le terme faillite. Tout le monde sait que la dette grecque ne pourra pas être payée. Ce dont on discute, ce sont des négociations qui vont aboutir à l'annulation d'une partie de la dette. Le chantage du gouvernement avec cette idée de faillite a pour but de masquer le fait que la cessation de paiement est inévitable. Ils veulent la rendre gérable pour l'Union européenne, en empêchant la contagion à d'autres pays et en minimisant les pertes. C'est ça la véritable stratégie.
La cessation de paiement n'est pas une catastrophe. Si elle se faisait à l'initiative du gouvernement grec pour renégocier sa dette dans des conditions qui seraient soutenables, ce serait l'arme la plus adéquate. Un gouvernement grec responsable devrait faire ce que gouvernement Kirchner a fait en 2001 dans une situation comparable face à l'effondrement de l'Argentine. Le gouvernement agit de manière irresponsable dans le seul but d'essayer de protéger ce qu'il est encore possible de protéger des intérêts du secteur bancaire.
Comment voyez-vous l'avenir de la société grecque ?
- Aucune politique ne peut passer si elle ne dispose pas d'un socle minimal de soutien dans la société, même minoritaire. Ce socle n'existe tout simplement pas dans la société grecque actuelle. Nous assistons à la destruction d'un pays. L'avenir va venir de la réaction populaire qui imposera des solutions viables et soutenables. Au centre de ces solutions se trouve la cessation de paiement et l'annulation de la majeure partie de la dette grecque qui doivent être accompagnées de mesures radicales comme la reconsidération des rapports avec l'Union européenne et la sortie de l'euro.
Vue l'ampleur du désastre, il est difficile de ne pas éprouver des sentiments de colère et de peur mais je pense que l'espoir réside dans le fait que le peuple ne se laisse pas faire. Les Grecs font réagir et c'est là que se trouve l'espoir pour trouver des alternatives qui soient à la fois justes et socialement soutenables.
 

mercredi 15 février 2012

Les travailleurs d’Eleftherotypia sont de retour avec leur propre journal ! Οι Εργαζόμενοι στην Ελευθεροτυπία επιστρέφουν με τη δική τους εφημερίδα

Traduit par  Giorgos Mitralias, édité par  Fausto Giudice 

Ça y est ! C’est fait! Les travailleurs d’Eleftherotypia, un des plus grands et plus prestigieux quotidiens grecs, vont de l’avant dans la grande entreprise de l’édition de leur propre journal, “Les Travailleurs à Eleftherotypia” !



L'affichette annonçant la sortie du journal chez les marchands de journaux : "Les travailleurs d'Eleftherotypia sont de retour - Le journal des rédacteurs est ici ! Mercredi 15 février 2012"
Depuis le mercredi 15 février, les kiosques dans tout le pays affichent à côté des journaux habituels un journal de plus, écrit par ses propres salariés. Un journal qui ne cherche pas seulement à mettre en évidence la lutte des travailleurs d’Eleftherotypia, mais qui veut aussi être un journal d’information complète, spécialement en cette période si critique pour la Grèce.
Les 800 travailleurs et travailleuses à l’entreprise X. K. Tegopoulos, qui édite le journal Eleftherotypia, des journalistes aux techniciens,  des nettoyeuses aux employés et aux concierges, sont en grève reconductible  depuis le 22 décembre 2011 puisque le patron ne leur  verse plus leurs salaires depuis août dernier !
Les travailleurs d’Eleftherotypia, voyant que le patron demande l’application de l’article 99 du code  des mises en faillite, en vue de se protéger de ses créanciers, en réalité ses salariés auxquels il doit un total d’environ 7 millions d’euros en salaires impayés (!), ont décidé parallèlement aux mobilisations et aux actions en justice de faire paraitre leur propre journal.  Un journal distribué  par les diffuseurs de presse dans tout le pays, au prix d’un euro (contre le 1,30 euro qui est le prix habituel des autres journaux), avec comme objectif de soutenir la caisse de grève.
Étant impayés depuis sept mois, les travailleurs et travailleuses d’Eleftherotypia sont soutenus par un mouvement de solidarité des diverses collectivités ou même des citoyens isolés qui font des dons en argent ou en espèces (nourriture, couvertures, etc.).  Avec l’édition de leur propre journal et l’argent de sa vente, ils pourront soutenir financièrement leur grève sans qu’il y ait la moindre médiation de personne : En somme, ils avancent vers une sorte d’autogestion.
Le journal a été confectionné  dans un atelier ami, dans une ambiance qui rappelait l’édition d’un journal clandestin, puisque la direction, dès qu’elle a appris que les journalistes vont de l’avant dans leur entreprise d’édition, a coupé d’abord le chauffage, ensuite le système employé par les rédacteurs pour écrire leurs articles et enfin, elle a fermé l’atelier lui-même, bien que pour l’instant l’accès aux bureaux du journal reste libre. Eleftherotypia des Travailleurs a été imprimé dans une imprimerie étrangère à l’entreprise avec l’appui des syndicats des salariés de la presse,  parce que les travailleurs de sa propre imprimerie hésitaient à occuper leur lieu de travail.
La direction, qui a peur de l’impact de l’édition autogestionnaire du journal, menace de recourir à des actions en justice, elle intimide en menaçant de licencier les membres du comité de rédaction qui ont été élus tout a fait démocratiquement par l’assemblée générale des grévistes. Cependant, le public grec, et pas seulement les lecteurs d’Eleftherotypia, attendait avec grand intérêt sa parution – on a été submergé par les messages encourageant les journalistes à éditer seuls le journal- puisque la dictature des marchés est couplée avec la dictature des medias qui  rendent opaque la réalité grecque. S’il n’y avait pas le climat consensuel cultivé par la plupart des medias en 2010, avec l’argument qu’il n’y avait pas d’alternative quand le gouvernement Papandreou signait le premier Mémorandum dont l’échec patent est reconnu maintenant par tout le monde,  on aurait peut être vu le peuple grec se révolter plus tôt pour renverser une politique catastrophique pour toute l’Europe. 
Le cas d’Eleftherotypia n’est pas unique.  Des dizaines d’entreprises du secteur privé ont cessé depuis longtemps de payer leurs salariés, et leurs actionnaires les ont virtuellement abandonnées en attendant des jours meilleurs…Dans la presse, la situation est même pire. A cause de la crise, les banques ne prêtent plus aux entreprises tandis que les patrons ne veulent pas payer de leur poche, préférant avoir recours à l’article 99 –il y au moins 100 sociétés cotées en bourse qui l’ont déjà fait- afin de gagner du temps en vue de l’éventuelle faillite grecque et de sa probable sortie de la zone euro.
Elefthrotypia a été créée en 1975 comme un “journal de ses rédacteurs” dans la période de radicalisation qui a suivi la chute de la dictature en 1974.  Aujourd’hui, dans une époque marquée par la nouvelle “dictature  des créanciers” internationaux, les travailleurs et les travailleuses d’Eleftherotypia ont l’ambition de devenir l’exemple lumineux d’une information totalement différente,  en résistant  à la « terreur » tant du patronat que des barons des médias, qui ne voudraient absolument pas voir les travailleurs prendre en main le sort de l’information.
La Une du nouveau journal

samedi 11 février 2012

Pas de pitié pour les Bédouins ! De Napoléon III à Franco : les “Rouges”, des “Arabes du nord”

Je viens de découvrir, en lisant l’excellent article de John Brown sur Baltasar Garzón et le piège de la transition démocratique en Espagne (lire ci-dessous) que les officiers franquistes de l’armée d’Afrique qui écrasa la République espagnole appelaient les Républicains “los moros del norte”, les Arabes du nord. Ce qui amène l’auteur cité par Brown, Gustau Nerín, dans son livre La guerra que vino de África (La guerre venue d’Afrique), à qualifier l’extermination des “Rouges“ par les fascistes de “tuerie coloniale”. J’ai immédiatement pensé à un parallèle historique saisissant d’analogie.
En février 1848, le peuple de Paris se soulevait contre la monarchie instaurée en juillet 1830 et proclamait la Seconde République. La bourgeoisie terrorisée fit appel aux troupes d’Afrique qui avaient effectué la conquête sanglante de l’Algérie de 1830 à 1847, quand l’émir Abdelkader, chef de l’insurrection algérienne, se rendit aux troupes françaises d’occupation, commandées par le général Bugeaud, massacreur d’ouvriers parisiens en 1834.
Gouverneur de l’Algérie depuis 1840, Bugeaud est rappelé à Paris pour faire face à la Révolution. Nommé commandant militaire de Paris, il déclare : “J'aurai le plaisir de tuer beaucoup de cette canaille.” L’homme chargé du commandement opérationnel des troupes est le général de Saint-Arnaud, auquel François Maspéro a consacré un livre remarquable, L'honneur de Saint-Arnaud (éd. Seuil, coll. Points, 1997, 448 p.) Saint-Arnaud, prototype du conquérant colonial, mettra tout le savoir-faire acquis dans la conquête de l’Algérie – dont les fameuses enfumades de populations civiles réfugiées dans des grottes – au service de la contre-révolution en métropole. L’homme qui écrivait en Algérie “On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres” était haï par le peuple de Paris, qui l’avait conspué et jeté à bas de son cheval au cours des journées de février. Il prendra sa revanche, et celle-ci sera sanglante.


La cavalerie dans les rues de Paris le 2 décembre 1851 (Auteur inconnu)
Après le bain de sang de juin 1848,  Louis-Napoléon Bonaparte prépare son coup d'Etat. Il nomme Saint-Arnaud général de division puis ministre de la Guerre. Dans les jours qui suivent le coup de force du 2 décembre 1851 (le fameux 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, pour citer le titre de la brochure de Karl Marx) les troupes de Saint-Arnaud, qui deviendra ministre de l’Intérieur, s'attaquent aux quartiers ouvriers parisiens au cri de : « Pas de pitié pour les Bédouins ! »
40 000 Républicains seront arrêtés et condamnés par des “commissions mixtes” mises en place par Saint-Arnaud et son collègue à la Justice Abbatucci. Une partie d’entre eux seront déportés dans les deux bagnes de Lambèze, en Algérie, et de Cayenne, en Guyane. Ces Républicains, bien qu’ils eussent été traités comme des “Bédouins”, n’en restèrent pas moins de bons et vrais Français. La plupart d’entre eux, une fois libérés du bagne de Lambèze, devinrent des colons dans l’Algérie désormais française (un condamné au bagne ne pouvait pas retourner en métropole une fois sa peine purgée) et, au printemps 1871, ils proclamèrent la Commune d’Alger, encore plus éphémère que la Commune de Paris. Détail troublant : cette “Commune” était interdite aux “indigènes” juifs et musulmans…

Comme quoi, on est toujours l’Arabe de quelqu’un.

Ernest Dargent, Illustration pour "Histoire d'un crime" - Quatrième journée : La victoire. © Photo RMN – Bulloz

Baltasar Garzón et le piège de la transition démocratique en Espagne

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !
Charles Baudelaire
L’héautontimorouménos
À plus de trente ans de distance, on peut dire aujourd’hui que la transition démocratique espagnole était un piège pour les majorités sociales et les forces qui voulaient remplacer le régime de Franco par une démocratie effective. En effet, un piège est un dispositif où il est facile d’entrer mais difficile – voire impossible – de sortir. La glu qui immobilise les oiseaux attirés par l’appât ou la souricière qui se referme sur le rat attiré par l’odeur du fromage sont des exemples courants de pièges, mais peut-être le meilleur est-il le plus subtil, le plus léger et presque immatériel : le filet. Lorsque les poissons pénètrent dans le filet celui-ci les accueille sans violence et c’est seulement quand ils essaient de sortir qu’ils sont pris dans les mailles qui les paralysent.
C’est comme ça que la transition nous a dupés. Pour certains mouvements sociaux, faibles et désorientés, et pour des dirigeants politiques de gauche dont l’ambition personnelle dépassait la décence politique ce fut très facile d’accepter l’offre du régime : la légitimation “ démocratique ” et la continuité juridique des appareils principaux de l’État franquiste – issu du putsch du 18 Juillet 1936 et des trois terribles années de guerre et d’extermination de l’Espagne ouvrière et républicaine qui aboutirent à la victoire de Franco – en échange d’une transformation interne du système politique permettant l’accès des dirigeants des partis et syndicats d’opposition à une structure élargie de pouvoir.
 
Au départ, le coût de cette option ne semblait pas excessif. Malgré les centaines de morts et les milliers de blessés dans des manifestations pendant les cinq années qui ont suivi à la mort de Franco et les actions armées de l’ETA, la transition vers un régime de liberté contrôlée a été relativement “ pacifique ” par rapport à la chute du Shah d’Iran ou de Somoza au Nicaragua. En revanche elle fut beaucoup moins calme que la révolution portugaise – une véritable rupture avec le régime précédent sans aucun décès, sauf celui d’un agent de la PIDE qui s’est suicidé. Tout est relatif.
 
Le régime est ainsi devenu, d’un côté, une partitocratie où la vie parlementaire est séquestrée par les dirigeants des partis politiques qui ont fait la transition, et de l’autre une “ démocratie contre le terrorisme ” qui maintient et renouvelle l’ensemble de toutes les forces de répression et les lois et tribunaux d’exception de la phase précédente. L’excuse parfaite pour préserver cet appareil était la lutte armée de l’ETA – souvent brutale et politiquement absurde – mais la législation d’exception et les tribunaux pouvaient également être utilisés à tout moment contre n’importe quel citoyen.
 


Manuel Fraga Iribarne, caméléon politique. En haut avec Franco dans les années 60. En bas, avec Juan Carlos Ier en 2011. Derrière le roi, Felipe González, un autre grand bénéficiaire de la transition.
Les classes dirigeantes espagnoles, qui au début craignaient “ l’incertitude ” de la transition, pouvaient désormais dormir en paix : il y avait le roi installé par Franco, il y avait son fidèle Manuel Fraga Iribarne – symbole vivant de cette métamorphose politique qui vient de mourir en janvier 2012 en odeur de sainteté démocratique ; il y avait la police et l’armée de la dictature intactes ; il y avait aussi en place la partie la plus sensible de l’appareil judiciaire : le tribunal Ordre Public [Tribunal de Orden Público], qui avait succédé au Tribunal pour la répression de la Franc-maçonnerie et du Communisme [Tribunal de Represión de la Masonería y el Comunismo] et qui maintenant était devenue la Cour Nationale [Audiencia Nacional]. Le pouvoir social appartenait à l’élite de toujours, avec l’ajout de certains nouveaux venus qui ont fait fortune avec la transition. À cette élite de toujours sont venus se joindre ceux “ pour toujours ”, qui ont uni étroitement leurs intérêts à ceux du régime.
 
Quant à la monstrueuse répression franquiste – frôlant le génocide pendant les premières années et entretenue comme un signe d’identité à travers une longue série d’assassinats légaux (Grimau, Puig Antich, les cinq fusillés de l’ETA en 1975 peu avant la mort du dictateur, etc.) et de la torture systématique –, elle devait disparaître de la mémoire officielle. Toute responsabilité a été effacée par la loi d’amnistie. En échange d’autres personnages, comme Santiago Carrillo – chef de file des Jeunesses Socialistes Unifiées et responsable des prisons au sein de la Junte de Défense de Madrid en 1936, puis secrétaire général du Parti Communiste d’Espagne (PCE) – n’auraient pas à rendre compte devant les tribunaux de leur responsabilité dans les crimes de guerre et, en particulier, l’assassinat en masse des prisonniers franquistes à Paracuellos del Jarama, documenté par Paul Preston a dans son livre récent El Holocausto español [L’Holocauste espagnol]. L’holocauste espagnol dont Paul Preston parle a été ainsi réglé, ce qui a renforcé le mythe selon lequel les centaines de milliers de morts étaient le résultat de la rancune et de la haine propres à toute guerre civile dans laquelle “les deux côtés étaient également responsables ” des atrocités.
 
Cette version a été entièrement démolie par les œuvres les plus récentes des historiens de la période, qui ont montré avec une abondante documentation que la violence dans le camp républicain était due aux “ excès ” propres à toute guerre civile, mais que les massacres franquistes faisaient partie d’un plan prémédité d’extermination. En effet, l’extermination franquiste des “ rouges ” était – tel qu’en témoigne Gustau Nerín dans son livre La guerra que vino de África [La guerre qui arriva d’Afrique] – un massacre colonial perpétré par l’armée d’Afrique et ses officiers contre les Espagnols républicains, que les officiers franquistes appelaient “ les Arabes du Nord ”. L’abandon de la mémoire historique aux gagnants de 1939 a été une autre des très graves concessions faites par la gauche majoritaire pendant la transition.
 
Le piège de la transition a produit son premier effet le 25 octobre 1977 avec le Pacte de la Moncloa, par lequel les dirigeants syndicaux et politiques de la gauche ont décidé “ lutter contre l’inflation ” en contenant la hausse des salaires provoquée par la liberté d’association. Le même piège a saisi à nouveau les corps et les esprits de la population lorsque le 23 février 1981 elle a appuyé comme sauveur de la “ démocratie ” un roi qui était au moins sympathisant de la tentative de coup d’Etat, d’après le témoignage de l’ancien ambassadeur allemand en Espagne.
 
Le coup d’Etat n’était pas complétement raté : il avait été précédé par l’élimination, concoctée par le roi et l’armée, d’Adolfo Suárez, l’ancien secrétaire général de parti unique franquiste qui avait conduit la transition et a été le premier président du gouvernement constitutionnel. Suárez avait pris trop au sérieux la démocratisation du pays. Le Parti socialiste, qui a remporté les élections après le naufrage aux urnes de l’Union du Centre Démocratique (UCD) d’Adolfo Suárez, a mis en œuvre en grande partie le programme des putschistes en ralentissant le développement des autonomies régionales, en organisant une réponse légale et illégale aux actions de l’ETA et en initiant la contre-révolution néolibérale. La politique, qui semblait avoir gagné un peu d’espace pendant les premières années de la transition, a été avalée par une gestion partitocratique et essentiellement bipartite du régime (transfranquiste et capitaliste) qui a atteint son objectif : faire que la population se tienne à carreau.
 
Le juge Baltasar Garzón, aujourd’hui jugé par la Cour suprême pour plusieurs délits présumés de prévarication*, a été l’un des plus grands champions de la démocratie contre le terrorisme sur le front judiciaire. Ses instructions contre l’ETA, mais aussi contre le séparatisme politique basque, a cimenté sa carrière de juge. Dans ces instructions – en vertu des lois d’exception et d’un consensus populaire contre le terrorisme – le “ juge star ” a violé de toutes les façons possibles les droits procéduraux de la défense et a fait un usage “ créatif ” des catégories de crimes et délits criminels. Le résultat de ses actes est la présence dans les prisons espagnoles, encore aujourd’hui, de plusieurs centaines de prisonniers politiques basques qui n’ont jamais rien eu à voir avec la préparation d’un attentat et qui ont été condamnés en vertu de l’application des lois d’exception qui établissent illégalement une analogie entre les attentats et d’autres comportements non-violents motivés par des buts politiques identiques. L’application de “ l’analogie ” à la loi pénale par Garzón et ses collègues de la Cour Nationale viole les principes fondamentaux de tout ordonnancement juridique libéral. Rarement dans un régime dit “ démocratique ” on a fait autant usage de l’amalgame en droit pénal que Baltasar Garzón l’a fait avec sa fameuse théorie de “ l’environnement ”, une figure juridique arbitraire qui criminalise sans aucune nuance tout l’indépendantisme basque. Quant aux allégations de torture d’un grand nombre de ses “clients”, Garzón n’a jamais daigné enquêter sérieusement.
 


Baltasar Garzón dans le banc des accusés devant la Cour suprême
 
Ce juge trop politisé a essayé de devenir le défenseur de la démocratie contre les dictatures en inculpant l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet pour des crimes de génocide. L’affaire comportait un peu d’humour involontaire, car le juge qui a poursuivi le dictateur chilien, auteur intellectuel de la mort de 3000 de ses compatriotes, était lui-même le représentant de la continuité juridique et institutionnelle d’un régime qui avait exterminé froidement plus de 300 000 citoyens au moment de sa naissance et qui a reçu Pinochet avec tous les honneurs quand il a assisté aux funérailles du général Franco. Les poursuites contre Pinochet sont restées sans suite, en partie en raison de vices de forme, mais aussi du fait de la pression politique internationale, et le sanguinaire Tata a pu mourir dans son lit.
 
Une fois devenu célèbre grâce à l’affaire Pinochet, Garzón a continué à poursuivre les militants de la gauche indépendantiste  basque et d’autres secteurs de la gauche radicale, à fermer des journaux, à interdire des organisations politiques et culturelles, etc. le tout au nom de la défense de l’État de droit. L’ouverture par Garzón d’une instruction sur les exécutions et disparitions sous le franquisme semblait confirmer son penchant contre toutes les dictatures et pour la démocratie. Beaucoup d’espoirs des parents de disparus et assassinés ont été déposés en lui. Après avoir mené à bien une première instruction avec une excellente documentation fournie par des historiens de premier plan, il a abandonné l’affaire, considérant que la Cour nationale n’était pas compétente. Cela n’a pas empêché le pseudo-syndicat “ Mains Propres ” (Manos Limpias, organisation d’extrême -droite qui se présente comme un syndicat de la fonction publique) et Phalange Espagnole (l’organisation héritière du parti fasciste du début des années 30 qui a servi de couverture idéologique à Franco) accuse Garzón de prévarication pour avoir accepté d’engager cette instruction. D’après ces groupes d’extrême-droite le fait d’enquêter sur les crimes du franquisme n’est pas logique, puisqu’ils étaient prescrits, et Garzón n’aurait accepté cette instruction que pour des raisons politiques.
 
Aujourd’hui, la Cour suprême a jugé Baltasar Garzón pour une autre raison : les écoutes illégales du cas “ Gürtel ”, une sombre affaire de trafic d’influences et de corruption qui a impliqué des hauts responsables du gouvernement de la Communauté Autonome de Valence et des responsables régionaux du Parti Populaire. En violation flagrante des droits de la défense, Garzón avait ordonné les écoutes des quelques-unes des conversations des accusés avec leurs avocats pendant l’instruction de l’affaire. La pratique est courante quand il s’agit de la gauche nationaliste basque, mais si on applique les mêmes méthodes à des grands manitous qui ont des relations directes avec le Parti Populaire et, plus indirectement, avec la famille royale, les très puissants inculpés se retournent contre le juge, inculpé à son tour. La même chose vient d’arriver au juge qui instruit le cas du beau-fils du roi, Iñaki Urdangarin, qui est aussi l’objet d’une procédure judiciaire pour délit d’initié.
 
Garzón a déjà été condamné dans le cas Gürtel et déchu de sa charge de juge pour 11 ans. Dans la gauche officielle la sensation a été énorme. En effet il est surprenant que le premier coupable de l’affaire Gürtel ce soit le juge, mais cette condamnation est parfaitement justifiée et servira à “ compenser ” une décision plus clémente dans le procès suivant concernant les crimes du franquisme, dans lequel une condamnation serait un véritable scandale international, nuisible à l’image du régime espagnol.



Manifestations en faveur de Garzón
 
En tous les cas, l’image des dirigeants de la gauche et d’une partie de la population soutenant Baltasar Garzón avec des slogans et des chansons comme “ Je suis avec Garzón ” est un bon exemple de la façon dont fonctionne le piège de la transition. C’est comme si la cause contre ce bureaucrate judiciaire du régime avait un lien quelconque avec la justice réclamée par les familles de centaines de milliers de victimes. Les manifestations entourant ce procès très médiatique sont une magnifique occasion pour faire avancer la cause de la vérité historique dans un système politique fondé sur le “ déni ” d’un génocide, mais tout soutien à Garzón comme s’il était un champion de la vérité et la justice est dangereux.
 
Chaque fois qu’on soutient le juge qui a développé la doctrine de “ l’environnement ” on soutient l’ensemble des institutions et des règles qui ont été construites sur les cadavres qui remplissent les fossés des routes et sur l’effacement de leur mémoire. Soutenir Garzón n’est pas sortir d’un système qui ne peut faire justice ni au passé ni au présent, renoncer à rompre avec le régime des fossés. Les deux Espagnes existent, mais aujourd’hui l’Espagne démocratique qui n’ose pas être républicaine est prise dans le piège de la transition : plus elle essaie de sortir du filet, plus elle se fait attraper dans celui-ci. Pour échapper il faut se placer au-delà de ce piège, nier toute légitimité au régime criminel du 18 Juillet 1936 : pour ce faire il faut un nouveau 14 Avril, c’est à dire, une nouvelle proclamation de la République à la Puerta del Sol comme celle de 1931, mais suivie cette fois-ci d’un long et puissant mouvement du 15 Mai.
 
*La prévarication est une faute consistant pour le détenteur d'une charge ou d'un mandat à accomplir sciemment un manquement grave aux obligations résultant de cette charge ou de ce mandat. À l'origine, le terme s'appliquait à la « transgression de la loi divine, d'un devoir religieux, d'une obligation morale » . Le terme de prévarication n'est pas présent dans le code pénal français. Dans le code pénal espagnol, le terme désigne le délit, pour un magistrat ou un fonctionnaire, consistant à prendre en connaissance de cause une décision administrative ou judiciaire injuste [NdE]